Gridlocked (2016)

Résumé : David Handrix, un ancien agent du SWAT forcé de faire du baby-sitting avec un acteur reconnu pour ses frasques médiatiques, doit mettre fin à leur escapade lorsque le centre d’entraînement, dans lequel les deux hommes se trouvent, est pris d’assaut par une équipe de mercenaires.

Critique : 

En toute franchise, malgré le casting assez important de Gridlocked, je suis entré dans ce long-métrage avec aucunes attentes et peu d’espoirs. Non pas que je pensais être devant un mauvais divertissement, mais avec la quantité de films d’action sortant directement en DVD, il est assez rare de tomber sur un bon petit film indépendant pouvant égaler les super-productions hollywoodiennes. Et bien, croyez-le ou non, Gridlocked est possiblement à ce jour, l’un des meilleurs films d’action canadiens jamais produits…

Brody Walker est un jeune acteur prometteur qui ruine sa carrière avec des frasques diverses impliquant sa consommation d’alcool, de drogues et sa vie nocturne. Sa dernière erreur le force à faire des travaux communautaires avec les forces de l’ordre de la ville de New York. David Hendrix, un membre du SWAT sur la touche après une blessure par balle, est forcé contre son gré de trainer Walker avec lui durant ses arrestations et ses patrouilles en voiture. Un soir, tandis qu’il visite ses compagnons de SWAT avec Walker, Hendrix se retrouve coincé au beau milieu d’un siège orchestré par des policiers corrompus voulant récupérer une importante somme d’argent cachée aux yeux de tous par le gouvernement des États-Unis…

Dans les faits, Gridlocked se veut être la version canadienne d’Assault on Precinct 13, un classique américain qui va célébrer son quarantième anniversaire cet automne. Il est inutile de nier cette réalité, car dès les premières minutes nous pouvons clairement sentir l’influence du long-métrage de John Carpenter. Plus encore, Gridlocked se veut être un hommage aux vieux films d’action des années 70 et 80, avec de nombreuses phrases cultes (Dont la célèbre phrase «I am too old for this shit.».), une réalisation lente et ordonnée, sans caméra branlante ou montage vomitif, et avec une intrigue simple mais élaborée.

Mais le sentiment de nostalgie n’est pas le moteur de Gridlocked, car la dynamique composée du duo de personnages principaux obtient ce titre. Ce duo, assez classique, fonctionne sur le principe de l’homme sérieux très compétent à son métier qui est obligé d’être avec le petit comique de service. Et contrairement à des films comme Rush Hour ou Shanghai Noon, la moitié comique n’est pas seulement là pour faire des blagues ou pour contrarier le personnage principal. Nous avons ici deux véritables personnes qui ne sont pas que des piles de clichés tentant en vain de créer des protagonistes captivants. Avec Gridlocked, nous sommes en face d’un duo réaliste et crédible qu’il serait, en théorie, possible de croiser dans votre poste de police de quartier. Évidement l’humour du film aide beaucoup à nous donner cette impression avec plusieurs bons gags, utiles à l’histoire et qui ne semblent aucunement être forcés, surtout lorsque Gridlocked tente de faire le parallèle entre la vie d’une vedette d’Hollywood et d’un policier de New York.

Par-contre, la simplicité et le manque d’ambition de Gridlocked seront ses pires défauts dans la mesure où aucun des personnages, incluant nos deux héros, n’a de développement réel. Si l’on ne fait que regarder l’équipe du SWAT dont faisait partie Hendrix, nous avons la recrue, la tête enflée et la «lesbienne» de service; et à aucun moment, Gridlocked fait le moindre effort pour tenter d’étoffer ces brèves descriptions ou pour démontrer que ces personnes ne sont pas que des clichés ambulants. La structure narrative souffre également du même problème alors que toute l’intrigue du film peut se résumer en une simple phrase : Un policier est forcé de faire équipe avec un emmerdeur et ils se retrouvent coincés dans un braquage perpétré par une équipe de mercenaires et de policiers. À aucun moment le film se force à explorer cette prémisse ou à y ajouter de la substance, et sur le long-terme, cela finit par apporter de nombreuses incohérences et drôleries qui sont difficiles à excuser, même pour un divertissement bourrin.

Cela peut même perturber notre visionnement comme lors d’un moment où les bandits empoisonnent nos héros en lâchant du poison dans le système d’aération (Ne nous demandez pas comment…) et que dans une même pièce, il se trouve deux personnes, et que l’une d’entre-elle ne semble être aucunement affectée par ledit poison… Certes il faut fermer notre cerveau pour apprécier Gridlocked, mais nous pouvons au moins espérer un peu plus de logique de la part des scénaristes. Sinon, il nous faut également noter le nombre impressionnant de jurons dans les dialogues du film, alors que les personnages parlent comme de vulgaires gamins qui tente d’être «cools» en parlant comme des «adultes»… À la longue, cela devient même perturbant puisque nous avons l’impression qu’aucun des personnages ne parle réellement.

Sur le plan technique, Gridlocked est de loin supérieur aux multiples navets se trouvant dans les bacs à DVD de ce monde. Même que nous pouvons sentir une véritable maîtrise technique par Allan Ungar (Tapped Out), qui se révèle être un excellent réalisateur capable de grandes choses avec peu de moyens. Car, malgré un budget assez limité, Ungar est parvenu à créer quelque chose de visuellement spectaculaire, avec beaucoup d’emphase sur l’action, sur les décors et autres éléments physiques, et sur l’ambiance. Il suffit de visionner la séquence d’introduction du vilain de l’histoire, qui débarque avec ses hommes chez un pauvre couple de vieillards, pour comprendre ce fait, alors qu’Ungar parvient à définir complètement ce personnage avec peu de mots, une caméra intelligence et un bon éclairage nocturne.

Même les scènes d’action profitent de la compétence d’Ungar avec des fusillades brillantes et des scènes de combats plutôt réussies. La séquence d’introduction du personnage de Dominic Purcell est possiblement l’une des meilleures scènes d’action de l’acteur qui récidive en fin de parcours avec un affrontement court mais mémorable avec Vinnie Jones. De plus, nous pouvons sentir une volonté claire d’utiliser des effets spéciaux pratiques tant dans les explosions que dans les effusions de sang. À de nombreux moments, Gridlocked se surpasse même en repoussant les limites du cinéma d’action typique; pensons notamment à une scène de combat où un personnage voit ses joues se faire transpercer par une balle et que son adversaire rentre ses doigts et joue avec les plaies ouvertes du fameux personnage.

Sinon, nous ne pouvons pas passer à côté de la trame sonore de Jacob Shea, qui signe ici sa deuxième véritable bande sonore en carrière. Cet homme a longtemps travaillé avec les meilleurs du cinéma hollywoodiens (The Dark Knight, Iron Man, la franchise Pirates of the Caribbean) et cela s’entend à chaque minute. Shea est parvenu à créer une musicalité assez spectaculaire qui apporte beaucoup de rythme et d’enthousiasme au long-métrage, parvenant même à faire passer Gridlocked pour un blockbuster estival à certains moments…

Même en n’offrant pas la meilleure performance de sa carrière, Dominic Purcell (Prison Break) a une bonne présence à l’écran et il a une chimie contagieuse avec sa co-vedette, Cody Hackman (Tapped Out), un champion du monde d’arts martiaux qui n’utilise aucunement ses aptitudes physiques au profit d’un rôle plus comique. Pour sa part, Stephen Lang (Avatar) offre un antagoniste respectable, avec un jeu d’acteur rappelant grandement celui de Gabriel Bryne dans le véritable remake d’Assault on Precinct 13. Danny Glover (Lethal Weapon) est également de la partie avec un rôle secondaire important faisant honneur à la longue carrière de l’acteur américain. Ceci étant dit, la principale erreur de ce casting repose sur les épaules de Trish Stratus (Ancienne lutteuse de la WWE), dont le mauvais jeu d’actrice contraste royalement avec le reste de cette production. Notons finalement que Vinnie Jones (Snatch.), Saul Rubinek (Barney’s Version)Richard Gunn (Angel) et que l’acteur québécois Romano Orzari (Les Jeunes Loups) ont aussi des rôles secondaires dans ce film.

Même si il ne risque pas de gagner de prix, Gridlocked parvient à se servir de la prémisse d’Assault on Precinct 13 pour proposer un spectacle surprenant et spectaculaire qui n’est pas exempt de défauts, comme le côté simplet de l’œuvre qui risque de déranger de nombreux spectateurs. Néanmoins, nous ressortons du film en étant incroyablement diverti, alors que les deux heures du long-métrage défilent à vive allure. Gridlocked est possiblement le meilleur long-métrage de la carrière de Dominic Purcell, et il est très certainement le meilleur film cinéma d’action canadien, depuis la belle époque de Bon Cop, Bad Cop


Réalisation : Allan Ungar

Scénario : Rob Robol, Allan Ungar

Avec : Dominic Purcell, Cody Hackman, Stephen Lang, Trish Stratus, Danny Glover, Vinnie Jones, Saul Rubinek, Richard Gunn, Steve Byers, James A. Woods, Romano Orzari

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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