Skiptrace (2016)

Résumé : Un policier d’Hong-Kong doit retrouver un joueur américain, venu se cacher en Europe avec une mafia russe et une organisation criminelle chinoise à ses trousses.

Critique : 

Depuis quelques années, nous pouvons sentir un coup de vieux chez Jackie Chan (Police Story), alors que sa carrière cinématographique décline tranquillement au même rythme que l’acteur gagne des cheveux blancs. Plusieurs fans espéraient que Skiptrace marquerait un nouveau divertissement de qualité de la part de l’acteur asiatique. Malheureusement, Skiptrace est le pire film de Jackie Chan depuis plus d’une décennie…

Un des derniers grands policiers d’Hong Kong, Bennie Chan tente de traquer un dangereux criminel nommé Victor Wong, et ce depuis une décennie. Lorsque la nièce de Chan est menacée par le syndicat criminel de Wong, Bennie est forcé de retrouver le seul homme pouvant l’aider, un parieur américain nommé Connor Watts, qui est également en fuite de l’organisation de Wong et d’un assassin russe. Retrouvant Watts en Sibérie, Chan tentera par tous les moyens possibles de ramener Watts vivant à Hong Kong…

Skiptrace pose un problème assez intéressant dans la mesure où sa première heure est terriblement ennuyeuse. La formule qu’emprunte le long-métrage est peu originale. À un ou deux détails près, Skiptrace raconte la même histoire qu’un bon nombre de comédies d’action mettant en vedette deux personnages qui ne peuvent pas se sentir mais qui doivent travailler ensemble pour une raison bien importante. Le film ne fait rien pour changer cette formule, ce qui est en soi le moindre souci de ce divertissement, car même un long-métrage peu original aurait été mille fois supérieur au produit fini qu’est Skiptrace.

Le grand problème narratif du film se trouve dans son humour offensant et irritant. Croyez-le ou non, Skiptrace semble avoir été scénarisé par des gamins de cinq ans que seule la mention du mot pénis pourrait les faire rire. Même que les scénaristes ont osé insérer une scène où Jackie Chan doit empoigner l’organe sexuel de Johnny Knoxville… Était-ce nécessaire?? Aucunement, mais cela doit bien faire rire quelques pervers ou adolescents aimant ce genre de blague. Vous voulez d’autres exemples, en voici!! Un homme a des cheveux longs; faisons une blague sur ses cheveux. Une femme a des gros seins; faisons une blague sur sa poitrine. Un personnage fait un parallèle entre la taille des cheveux et l’endurance sexuelle masculine; faisons une blague sur les relations sexuelles. Skiptrace est essentiellement composé de l’humour enfantin typique de la filmographique de Jackie Chan, mais le tout est poussé à un extrême si lointain que cela devient perturbant, et à la limite offensant. Le seul moment réellement drôle du film se trouve dans une scène où un cheval se met à faire caca pendant que les deux acteurs principaux discutent. Et pourtant, ce moment est plus un faux-raccord conservé au montage qu’une véritable tentative de la part des scénaristes d’être drôles et intéressants.

Sinon, comme mentionné plus haut, le tout n’est qu’un ramassis de moments peu originaux. Skiptrace ne fait que réutiliser une formule déjà établie avec des thèmes déjà éprouvés et des concepts déjà explorés dans des longs-métrages de Jackie Chan. Même que le long-métrage n’est ni plus ni moins qu’une version bas de gamme de Rush Hour, une version qui aurait été écrite par des enfants. Et pourtant, lorsque j’étais prêt à arrêter de visionner Skiptrace pour regarder un divertissement de qualité supérieure (Lire ici un film de Steven Seagal…), le film surprend avec un dernier acte assez étonnant. Sans rien dévoiler, Skiptrace part alors dans une autre direction avec un revirement de situation inattendu qui offre trente minutes de divertissement génial en devenant un film d’action sombre et sérieux.

Est-ce que trente minutes de divertissement peut sauver le navet que représente Skiptrace?? Aucunement, puisque cette dernière section semble provenir d’un autre long-métrage supérieur en termes de qualité. C’est un peu comme si à un moment donné, les scénaristes s’étaient réveillés de leur coma créatif pour tenter de créer un film minimalement intéressant. D’ailleurs, dans les deux premiers tiers du long-métrage, nous sommes aussi témoins de quelques moments où Skiptrace nous sort des séquences provenant de nulle part; comme une scène où l’intrigue s’arrête littéralement pour nous lancer à la figure un numéro musical reprenant un classique d’Adele, ou pour nous montrer les personnages principaux manger des testicules…

À la réalisation, nous avons un certain Renny Harlin (Cliffhanger), un cinéaste américain en dérive depuis le milieu des années 90. Pour ceux qui espéraient que Skiptrace soit sa planche de salut risquent d’être déçus alors que le réalisateur ne fait pas le moindre effort pour rendre le film divertissant. Il ne se contente que de vomir les plans de caméras qui composent ce film, sans tenter de faire quelque chose de plus grandiose que la plupart des productions amateurs de ce monde font déjà. Non pas que Skiptrace soit hideux, mais il est juste dommage que nous devant un énorme téléfilm de trente millions de dollars. Et les fans de scènes d’action à la Jackie Chan, vous serez déçus car, mis à part une introduction assez artificielle et une chouette bataille dans un usine de poupées russes, Skiptrace est assez anémique sur ce point, n’offrant que le minimum syndical…

Comme si ce n’était pas assez, nous devons également subir le montage atroce de Derek Hui (Man of Tai Chi)Judd H. Maslansky (Zodiac) et de David Montz (Jerry Maguire). Les trois hommes nous offrent un fil linéaire saccadé, avec plusieurs séquences qui démarrent abruptement ou qui se terminent de la même façon. Et, il ne faudrait pas oublier la direction photographique de Chi-Ying Chan (The Man with the Iron Fists) qui rend la plupart des décors artificiels, même si l’intrigue se déroule essentiellement dans les plus beaux décors de Chine et de Russie. Pire encore, à cause de Chi-Ying Chan, les séquences filmées en studio donnent parfois l’impression que Chan et Knoxville tournaient leurs scènes dans des décors de plastique.

Le dernier clou de la tombe de Skiptrace se trouve dans sa trame sonore qui souffre du même problème que celle de Suicide Squad. En effet, le film de Renny Harlin s’entête à lier les scènes du long-métrage des succès «populaires». Sauf qu’au lieu d’utiliser des chansons cultes, Skiptrace choisit de nous présenter des chansons de «grand-mère» assez endormantes. Entre deux succès, il y a évidemment la trame sonore soporifique de Kwong Wing Chan (La franchise Internal Affairs), qui est assez désagréable à entendre…

Pour ce qui est du duo composé de Jackie Chan (Police Story) et de Johnny Knoxville (Jackass), les deux hommes n’ont aucune chimie. De plus, nous avons l’impression à assister à un combat de coq pour savoir lequel des deux acteurs est le plus drôle. Heureusement, Bingbing Fan (X-Men: Days of Future Past) est là et elle propose une interprétation à la hauteur de son talent. Eve Torres (The Scorpion King: The Lost Throne) a aussi une bonne présence dans un rôle secondaire digne du «Terminator de la Sibérie». Winston Chao (1911: Revolution) et Eric Tsang (Internal Affairs) sont également présents au générique dans des rôles secondaires.

Skiptrace est un film assez pénible à visionner. L’humour handicape ce divertissement à un point tel qu’il est incapable d’offrir autre chose qu’une histoire déjà vue des milliers de fois et un vidéo-clip de Jackie Chan chantant un peu d’Adele. Certes, le dernier tiers de l’œuvre sauve l’intrigue et les personnages d’un naufrage certain. Mais la majorité des spectateurs se seront probablement endormis avant d’atteindre ce moment critique…


Réalisation : Renny Harlin

Scénario : BenDavid Grabinski, Jay Longino, Wen-Chia Chang

Avec : Jackie Chan, Johnny Knoxville, Bingbing Fan, Eve Torres, Michael Wong, Eric Tsang

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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