Spectral (2016)

Résumé : Une unité d’élite est envoyée en mission pour combattre des êtres surnaturels.

Critique :

Netflix prend des risques avec ses divertissements originaux. Certes, quelques risques sont douteux, comme l’arrivée d’Adam Sandler dans ses tentacules. Avec Spectral, la plateforme tente de surfer sur le monde de la science-fiction pure et dure, un genre que Netflix a eu du mal à maitriser, sur une durée de long-métrage, avec ARQ. Malheureusement, il faudra attendre une nouvelle production de Netflix pour obtenir un bon film de science-fiction, puisque Spectral laisse son spectateur sur sa faim…

Clyne, un chercheur, parvient à inventer une machine permettant de transformer la glace en eau, mais l’armée américaine souhaite utiliser cette découverte à des fins militaires. Tandis qu’il est offusqué par cette requête, il doit mettre ses divergences d’opinion de côté car l’armée demande à Clyne de venir l’aider dans sa guerre en Moldavie, où les soldats américains sont tués par des êtres surnaturels. Sur place, il enquêtera sur la provenance de ces fantômes avec l’aide d’une espionne de la CIA et d’une unité d’élite. Malheureusement, Clyne ne se doute pas du danger qui l’attend…

Initialement supporté par le studio Universal, Spectral fut rapidement rejeté après le visionnement interne de son produit final, pour ensuite débarquer sur Netflix. Les raisons de ce rejet sont assez évidentes et il suffit de visionner Spectral (Ou de lire notre critique…) pour comprendre ce rejet. Sur le papier, le long-métrage semble être prometteur et la bande-annonce du film est assez intéressante. Malheureusement, cet intérêt ne se transpose pas sur notre écran, alors que Spectral est une copie étrange d’Aliens.

D’un côté nous avons des soldats équipés jusqu’aux dents et de l’autre nous avons des espèces de fantômes. Tout le film n’est qu’une excuse pour proposer des séquences d’action en suivant la trame narrative d’Aliens. Merde, les scénaristes vont jusqu’à copier les ballades en tanks d’Aliens et à offrir un clone parfait de Newt, la petite gamine d’Aliens. Sur le plan narratif, la seule bonne chose que Spectral parvient à réaliser, c’est nous rappeler de visionner à nouveau le classique de James Cameron. Et pourtant, le manque d’originalité structurel du trio de scénaristes est le moindre des soucis de Spectral, qui a trois problèmes plus importants et plus dommageables.

D’abord, Spectral a un énorme problème d’exposition, car le divertissement n’explique pas les bonnes choses. Plutôt que d’explorer la survie d’une gamine dans un édifice abandonné ou d’expliquer concrètement la guerre en Maldovie, le film a la mauvaise idée de se concentrer sur des points inutiles comme la relation entre des personnages secondaires ou l’explication «scientifique» de ces fantômes. Une explication qui nous est dévoilée de façon si ridicule que Spectral sombre presque vers le côté obscur du nanar. Et pourtant, ce sont les dialogues qui font de Spectral un nanar. Durant la majorité du film, nous avons l’impression que les personnages discutent seuls en groupe, dans le sens où ils livrent des dialogues peu inspirés et clichés qui respectent la logique du film, mais qui n’ont aucuns liens entre les personnages. Concrètement, cela se voit notamment par un personnage qui a un long dialogue avec lui-même pendant que tous les autres personnages discutent entre-eux. Et puis, ce qui est le plus dérangeant avec Spectral, c’est sa faculté à s’inspirer largement de la vieille série américaine MacGyver. Dès que l’histoire du film arrive à un point mort, les scénaristes utilisent la même formule pour relancer leur récit : Clyne va inventer un outil surpuissant avec les débris sous ses mains dans un montage rythmé, digne de la saga Rocky, pour ensuite continuer dans nouvelle direction. L’idée aurait pu être bonne, mais à chaque fois que Spectral utilise ce stratagème, il perd tout son rythme de croisière et il utilise des étirements scientifiques insultants (Peut-on réellement construire des armures de Gears of War avec quelques caisses de l’armée et les débris d’un camp de réfugiés?!?!?).

Mais, c’est Nic Mathieu qui sauve Spectral de l’échec total. Le cinéaste est si compétent, qu’il évite à ce film de sombrer vers les eaux du nanar en gardant un niveau de professionnalisme à l’écran. Oui car, le long-métrage est effectivement joli avec d’excellents effets spéciaux, pour un film au budget assez moindre. Mathieu se contente d’aligner les images marquantes en marchant sur les traces de Michael Bay, et c’est tout ce que Spectral avait besoin. Certes, le dernier tiers est visuellement ennuyeux, alors que le réalisateur semble perdre les moyens avec le scénario qui le force à faire un Godzilla du pauvre, mais puisque nous sommes devant une première réalisation, nous n’en tiendrons rigueur. Par-contre, il y a quelques plans où le réalisateur force sa corde émotive en tentant de nous forcer à ressentir une émotion, des plans comme celui où le général plein d’espoir et la gamine attristée regardent nos héros s’éloigner, des plans où le réalisateur rate complètement la cible en y insérant un aspect «cheesy» infecte et rempli de pourriture… Sur le reste du plan technique, Spectral assure avec une photographie juste, des décors généreux (Mais trop artificiels??) et une trame sonore respectable de Junkie XL.

Au niveau des acteurs, nous sommes en pleine déception. À l’exception de la jeune Ursula Parker (Louie) qui est une véritable révélation, tous les acteurs dorment au gaz. Malgré de bons moments, James Badge Dale (The Departed) n’a pas le charisme et le talent nécessaire pour transporter un scénario si mauvais sur ses épaules. L’acteur est tout simplement déplacé par les événements. Même chose pour Max Martini (13 Hours) et Gonzalo Menendez (Breaking Bad) qui sont également les victimes de ce problème. Et puis, il y a Emily Mortimer (Hugo) et Bruce Greenwood (Star Trek) qui sont clairement présents pour collecter un peu d’argent sans se forcer. Clayne Crawford (The Baytown Outlaws) est aussi de la partie, dans un rôle secondaire où il semble pratiquer son accent de Lethal Weapon.

Pour ceux qui suivent l’actualité de la plateforme Netflix, attendent avec impatience l’arrivée de Mute, le film de science-fiction de Duncan Jones. Et bien, pour visionner un bon film de science-fiction, il faudra attendre ce Mute, puisque Spectral rate complètement la cible en livrant un spectacle stupide et manquant d’originalité. Certes, la réalisation de Nic Mathieu vaut le détour, mais cela ne suffit pas pour faire de ce long-métrage un bon divertissement…


Réalisation : Nic Mathieu

Scénario : Ian Fried, Nic Mathieu, George Nolfi

Avec : James Badge Dale, Emily Mortimer, Bruce Greenwood, Max Martini, Cory Hardrict, Clayne Crawford, Gonzalo Menendez, Ursula Parker, Ryan Robbins

A propos de Michaël Michaud 510 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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