The Assignment (2016)

Résumé : Un tueur à gages est trahi par des gangsters et il se retrouve sous la table d’opération de The Doctor, qui change ses attributs sexuels sans le prévenir. Assoiffée de vengeance et assistée d’une infirmière, cette nouvelle femme devra s’adapter à sa nouvelle vie…

Critique :

Walter Hill (The Warriors) fut jadis un grand réalisateur et un grand producteur de cinéma. Malheureusement, avec les années, le parcours de l’homme fut constitué de hauts et de bas, avec plusieurs échecs dont Bullet to the Head et le premier Undisputed. Aujourd’hui, il ressort de son placard sa caméra et ses talents de scénariste pour nous offrir The Assignment, un film d’action à la prémisse assez originale. Malheureusement, certains réalisateurs devrait rester à la retraite…

Un psychologue nommé Ralph Galen mène une entrevue avec la Dr. Rachel Kay, récemment internée dans un hôpital psychiatrique. Au fil de l’entrevue, cette dernière racontera les événements qui ont mené à la mort de son frère, un criminel de seconde zone ayant un penchant pour les jouets et pour les prostituées. De fil en aiguille, Kay lui confiera ses talents d’artiste et les résultats de sa dernière expérimentation, qui consistait à transformer le sexe du l’assassin de son frère; à faire de cet homme une femme…

D’abord et avant tout, il faut émettre quelques corrections puisque The Assignment n’est pas le thriller d’action qu’il prétend être. Au mieux, il est une version tordue de Silence of the LambsSigourney Weaver nous livre une version féminine d’Hannibal Lecter. Dans le pire des cas, The Assignment se voudra être une façon tordue de Walter Hill pour exprimer une sorte de fantasme sexuel refoulé envers les personnes du troisième sexe. Il faut dire que le réalisateur n’aide pas à camoufler cette impression avec un bon tiers du récit où Michelle Rodriguez est nue, en tant qu’homme et en tant que femme, et où elle a de nombreux actes sexuels parfois malaisants.

En dehors de ce problème, The Assignment posera quelques soucis puisque son histoire, peu conventionnelle, risque de ne pas plaire à beaucoup de gens. Car, même en excluant sa construction narrative décousue (Nous sautons vers de longues périodes en voguant entre le passé et le présent.) et assez ennuyeuse, The Assignment ne sait pas sur quel pied danser. Il alterne constamment entre son désir d’être un drame mielleux, son côté cinéma de revanche et son aspect « transsexuel » qui fait écho au cinéma d’exploitation des années 70 et 80. Cela cause plusieurs problèmes de rythme, surtout dans le premier tiers qui est extrêmement long et pénible en se résumant grossièrement à un long rendez-vous chez le docteur. Et, le fait que les dialogues de Walter Hill et de Denis Hamill (Turk 182!) sont brouillons n’aide aucunement la pellicule, donnant l’impression qu’Hill faut tout pour cette section.

La seconde moitié de l’œuvre est un poil supérieur alors que The Assignment décide enfin d’être ce qu’il aurait dû être depuis le départ, c’est à dire un film d’action pur et dur. À partir de cet instant, le film gagne en intérêt et cesse de trébucher dans ses artifices. pour offrir ce que le spectateur souhaite visionner. Malheureusement, tandis que Rodriguez empile les cadavres, cette section du long-métrage décide de se transformer en Max Payne du pauvre, avec son personnage qui narre chaque scène avec des réflexions et des dialogues peu inspirés. Bien qu’elles n’étaient pas géniales, les portions de l’entrevues entre Kay et son psychologue étaient essentielles à la structure du récit et leur disparition pose un autre problème. À cause de cela, nous oublions presque le personnage de Sigourney Weaver et lorsqu’arrive l’affrontement final entre celle-ci et Rodriguez, nous restons sur notre faim puisque The Assignment a failli à sa tâche. Après avoir passé 45 minutes à faire du méchant docteur un antagoniste crédible, le long-métrage laisse cette dernière de côté pour nous la ramener dans un court duel où elle vante les mérites de son humidificateur centenaire; dans une conclusion presque parodique. Il est inutile de dire que nous avons rarement vu une conclusion aussi décevante…

Sur le plan technique, The Assignment comporte également quelques interrogations. Contrairement aux longs-métrages de Marvel et de DC, The Assignment est un film ayant inspiré une bande-dessinée du même nom. Et pourtant, durant tout le film, nous avons l’impression que Walter Hill fait tout pour imiter ces grosses productions et tente désespérément de raconter son histoire comme une bande-dessinée de Marvel et de DC. Les transitions sont constituées de dessins faits à la main et au lieu de nous montrer les différentes villes de l’intrigue, Hill préfère nous balancer des rapides croquis devant représenter, en théorie, lesdites villes. Même quelques moments de violence utilisent cette imagerie, qui n’a pas sa place avec les propos relativement sérieux que le réalisateur tente de mettre en scène.

Parlant de l’imagerie du film, il nous faut noter les maquillages utilisés pour faire de Michelle Rodriguez un homme. Peu importe comment Hill tente de s’y prendre, il est impossible de ne pas noter que Michelle Rodriguez est une femme. Durant les séquences où Franck est toujours un homme, la poitrine de l’actrice est bien visible (Peu importe l’angle de vue…), sa fausse barbe de Père Noël est hilarante et son faux pénis en caoutchouc l’est tout autant. Heureusement, le réalisateur se rattrape un peu durant les scènes d’action, avec une bonne gestion de ses scènes et des effets sanglants convaincants. Notons également que la narration présente dans la deuxième moitié de The Assignment fait extrêmement pauvre. L’actrice principale y narre ses scènes, dans sa chambre d’hôtel, en noir et blanc. Ces scènes sont placées n’importe comment dans le montage de cette partie et le fait que le tout semble être une vidéo YouTube n’aide pas la cause… The Assignment a également une trame sonore énervante. Elle n’est pas mauvaise en soi, mais son aspect rock-métal ne plaira pas à tous les spectateurs…

Dans le rôle titre, Michelle Rodriguez (Fast & Furious) n’offre pas une mauvaise interprétation en soi. Il est juste dommage que les maquillages et les dialogues médiocres du long-métrage ne permettent pas à Rodriguez d’être crédible en tant que Frank, dans ses versions masculines et féminines. Même chose pour Sigourney Weaver (Alien) qui offre une performance exemplaire, mais qui est également trahie par les textes du long-métrage. Néanmoins, Tony Shalhoub (Monk) jouit d’un second rôle assez inutile en étant un psychologue durant la première moitié de The Assignment et l’acteur n’aide pas à compenser le fait avec son jeu assez fade et médiocre. Anthony LaPaglia (Without a Trace) et Adrian Hough (X-Men: The Last Stand) sont également de la partie dans des rôles mineurs.

Malgré une prémisse originale et intéressante, The Assignment n’a pas les reins assez solides pour rendre son histoire divertissante. Handicapé par les déviances scénaristiques et visuelles de Walter Hill, The Assignment se tire continuellement dans le pied et ne parvient pas à utiliser correctement le fait que son personnage principal est une transsexuelle en quête de vengeance pour son changement de sexe. Il en découle un film trop sérieux pour que l’on puisse réellement avoir du plaisir à le visionner, mais trop stupide pour l’on puisse trouver le long-métrage crédible…


Réalisation : Walter Hill

Scénario : Denis Hamill, Walter Hill

Avec : Michelle Rodriguez, Sigourney Weaver, Tony Shalhoub, Anthony LaPaglia, Caitlin Gerard, Terry Chen, Adrian Hough

The Assignment (2016)
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