The Last King (2016)

Nous critiquons The Last King, un film sorti l’automne dernier au Québec mais qui débarquera en mai 2017 en France…

Critique

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Résumé : 1206, Norvège. Le pays est ravagé par une guerre civile et le fils illégitime du roi, récemment assassiné, est traqué par la moitié du royaume, tout en étant secrètement protégé par deux hommes. Il en découle alors une formidable course contre la montre pour amener l’héritier sur le trône…

Critique : 

Avec l’arrivée de la série Game of Thrones, les mondes médiévaux semblent gagner en popularité, alors que plein de cinéastes tentent de profiter de ce filon. Bien souvent, ces « clones » parviennent à capturer l’essence de la populaire série, même s’ils ne parvient pas à obtenir le même succès. Si vous voulez un clone douteux, nous vous conseillons la série anglaise Beowulf: Return to the Shieldlands. Mais, si vous voulez un clone compétent et efficace, alors visionnez The Last King

Skjervald et Torstein évacuent le fils illégitime du roi d’un petit village durant la guerre civile de Norvège. Profitant du chaos généré par cette guerre, Gisle, un héritier distant du roi, échafaude un plan pour tuer le roi, avec l’aide d’un membre de la famille royale. Maintenant que le roi est mort, le pouvoir religieux utilise le désordre créé par Gisle pour traquer le bambin, massacrant la famille de Skjervald par la même occasion. Désespérés et en quête de vengeance, les deux guerriers devront parcourir la Norvège dans l’espoir d’amener le bébé en vie aux pieds du trône du royaume.

Pardonnez l’introduction douteuse de cette critique, puisqu’elle reflète une idée qui me trottait dans la tête durant mon visionnement de The Last King. Malgré la mention que le long-métrage se base sur des faits vécus, nous avons l’impression de visionner une version cinématographique et réaliste de Game of Thrones. Après-tout, l’histoire de The Last King se concentre sur une épopée incestueuse, avec trahison, enfant bâtard, rivalité fraternelle et un peu de sexe, le tout à la sauce norvégienne.

Mais The Last King va plus loin que sa source d’inspiration et nous livre simplement un bon divertissement. Le film nous permet d’explorer un pan méconnu de l’histoire européenne avec l’exploration d’une guerre touchant un pays facilement oublié par le septième art. Et même avec un traitement cinématographique respectueux, il en découle un récit assez réaliste sur la forme sans pour autant sombrer dans une épopée ennuyeuse de par des explications et des mises en situations au détriment du divertissement. Néanmoins, cela cause le principal problème du scénario de Ravn Lanesskog puisqu’il faut un bon quart d’heure au spectateur pour pouvoir embarquer dans le film. C’est que une exposition sommaire sur la guerre civile en Norvège et sur les différents clans du pays, que The Last King suppose que l’on va tout comprendre du premier coup. Ce qui n’est effectivement pas le cas, puisque nous sommes sur la touche jusqu’à la mort du roi, un problème qui risque de se produire surtout chez le public nord-américain qui n’a que de faibles notions de l’histoire européenne.

Mais qu’importe puisqu’après The Last King se visionne comme le film médiéval décomplexé qu’il est en réalité. The Last King nous raconte l’épopée de deux hommes barbus en ski avec un bébé. Il est impossible de ne pas s’amuser avec cette prémisse et le scénariste du long-métrage l’a bien compris. Malgré des propos assez sérieux et des scènes pouvant choquer quelques cœurs sensibles, The Last King ne tente pas de rivaliser avec les œuvres plus complexes de ce monde. Le film garde les choses simples en créant une belle relation entre les deux personnages principaux et le bébé dès la fin de l’introduction, pour laisser le plus de place possible aux scènes d’action et aux rebondissements, pour faire du long-métrage une sorte de Mad Max: Fury Road sur skis…

Derrière la caméra nous retrouvons Nils Gaup, un réalisateur norvégien principalement connu pour son court passage chez Walt Disney à la fin des années 80 et pour le film nominé aux Oscars, Pathfinder. Gaup réalise d’une main de maître The Last King, même s’il est incapable de camoufler le budget serré de cette production. Il est très honorable que Gaup ait réalisé son long-métrage avec des décors et des conditions climatiques réelles, mais cette liberté de mouvements a possiblement gruger le budget de certains éléments techniques, comme les décors, qui semblent souvent être assez petits et minimalistes. Mais bon, cela ne nuit pas au divertissement que Gaup tente d’engendrer, surtout que l’homme nous offre les meilleures poursuites en ski depuis des lustres, surpassant la majorité de tout ce qu’Hollywood a eu à offrir dans ce domaine (Rapellons-nous de On Her Majesty`s Secret Service…).

Également les scènes d’action sont bien réalisées, avec de bonnes prises de vues et un montage à point. Un manque de sang nuit un peu à The Last King, dans la mesure où les blessures des acteurs et figurants manquent parfois de réalisme. Quitte à parler des problèmes de la réalisation de Gaup, notons également que le rythme du film est légèrement inconstant, avec quelque temps morts, surtout situés dans les premières minutes explicatives du long-métrage. De plus, dans sa démarche, le réalisateur a su s’entourer de Peter Mokrosinski (La saga Millenium), un directeur photographique qui apporte les teintes justes pour illustrer la froideur et la sauvagerie de la Norvège du précédent millénaire. La trame sonore soutenue de Gaute Storaas (The Last Sentence) est également à noter, avec plusieurs notes musicales importantes et appropriées.

Dans les rôles tires, Jakob Oftebro (Kon-Tiki) et Kristofer Hivju (Game of Thrones) ont une chimie parfaite et les deux acteurs livrent des performances efficaces, parvenant à apporter beaucoup d’humanité chez ces deux guerriers. Le reste du casting, composé d’acteurs inconnus pour les spectateurs nord-américains, fait également de l’excellent travail, surtout Pål Sverre Hagen, dans le rôle de Gisle, le scélérat qui voulait devenir roi. Il est aussi impossible de passer à côté du bébé utilisé par la production. Il est possiblement le bébé le plus coopératif qu’il n’ait été possible de voir dans un long-métrage, avec une présence incroyable à l’écran, volant souvent la vedette aux guerriers barbus qui l’entouraient.

Équipé de deux colosses armés de skis, Nils Gaup parvient à créer un divertissement assez intéressant où l’histoire de la Norvège permet au réalisateur de nous proposer des éléments rarement vus dans le cinéma hollywoodien. Certes, les poursuites entre des skieurs poilus et des chevaux risquent d’éloigner les spectateurs un peu plus « conventionnels ». Si vous passez outre ce changement de culture (Le spectateur québécois n’a peut-être pas conscience que le ski fut inventé en Norvège…), The Last King est prêt à vous offrir un produit plaisant, qui plaira tant aux amateurs de l’époque médiévale qu’aux amateurs de bons divertissements. The Last King est définitivement une surprise qui mérite votre coup d’œil.


Réalisation : Nils Gaup

Scénario : Ravn Lanesskog

Avec : Jakob Oftebro, Kristofer Hivju, Torkel Dommersnes Soldal, Ane Ulimoen Øverli, Nikolaj Lie Kaas, Pål Sverre Hagen, Åsmund Brede Eike, Søren Pilmark, Thorbjørn Harr

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