The Nice Guys (2016)

Résumé : Durant les années 70, à Los Angeles, un duo improbable de détectives privés enquête sur la disparition d’une jeune femme et sur la mort mystérieuse d’une actrice pornographique.

Critique :

À une certaine époque, Shane Black fut le roi de la comédie d’action grâce à des œuvres comme Lethal Weapon ou Last Action Hero. Aujourd’hui, Black a bien mûri avec une carrière qui le place maintenant derrière une caméra. Après un passage chez Walt Disney, le réalisateur actuellement en plein tournage du prochain Predator, a décidé d’effectuer un retour aux sources avec The Nice Guys, une comédie d’action sortie directement en DVD l’année dernière au Québec.

Holland March, un détective privé, est engagé afin de retrouver une jeune femme disparue par une vieille dame un peu sénile. Malheureusement, cette enquête le mènera vers Jackson Healy, une brute aux services d’une mystérieuse Amelia, qui souhaite repousser ceux qui la traquent. Forcé par Healy d’arrêter son enquête, March retourne dans sa médiocrité jusqu’au jour où le colosse n’a d’autre choix que de l’engager pour retrouver Amelia, dont les liens avec la mystérieuse disparue font d’elle une cible pour de nombreux tueurs.

Oui, vous avez bien lu, The Nice Guys est sorti, étrangement, directement en DVD pour la majorité du Québec, après que Warner Brothers ait décidé d’annuler la sortie du long-métrage dans notre belle province, à l’exception d’une ville ou deux, pour des raisons obscures, et ce malgré une traduction québécoise et une campagne publicitaire bien présente… Quoi qu’il en soit, c’est sur le tard que je découvre aujourd’hui ce film qui, malgré de critiques très enthousiastes, n’a pas connu de véritable succès auprès du public.

Il est impossible de nier le fait que The Nice Guys est un bon film. Sans être un classique du genre, le divertissement de Shane Black se veut être un hommage aux films policiers des années 70 où les protagonistes de cette époque devaient résoudre des crimes dans une ville de Los Angeles corrompue où la violence, le sexe et la drogue sont omniprésents. Cette impression se transpose admirablement bien dans le film de Black avec la présence de deux héros qui doivent pénétrer le milieu de la pornographie afin de retrouver une fille disparue, une situation faisant écho à ce milieu qui, selon le cliché assez véridique, emprisonne ses travailleuses du sexe.

Et au cours de l’enquête que Black nous met en scène, nous avons le droit à plusieurs scènes drôles et à une investigation intéressante… pendant les deux premiers tiers. Le seul et unique problème de The Nice Guys, c’est qu’il est incapable de bien gérer sa prémisse. Possiblement parce qu’il a travaillé avec un scénariste débutant, Anthony Bagarozzi dont c’est le premier texte, Black semble perdre tous ses moyens dès que le personnage de Kim Basinger entre en scène, ce qui transporte l’histoire de deux hommes brisés qui naviguent dans la pornographie à deux hommes qui doivent affronter une conspiration impliquant le gouvernement et la mafia de l’automobile.

Ce changement drastique fait ressortir un léger pépin présent dès le début du récit et qui était gérable jusqu’à ce moment : The Nice Guys est presque une comédie à sketchs. Prises séparément, les scènes de The Nice Guys sont génialement avec un humour ratant rarement la cible et des dialogues souvent profonds sur le plan psychologique. Par contre, dans son ensemble, les scènes du film offrent une trame linéaire assez décousue où nous sautons parfois du coq à l’âne, passant d’un transport d’argent inutile à un voyage psychédélique en voiture avec une abeille. À quelques occasions, ce manque de fluidité déconcentre et force le spectateur à sortir du récit pour tenter de résoudre le fil narratif dans son esprit. Sinon, on notera également un léger manque d’originalité de Shane Black qui pige à quelques reprises dans ses anciens scénarios, reprenant notamment la scène d’interrogatoire avec des enfants de Lethal Weapon, par un moment similaire où les gamins sont remplacés par des écologistes et par un jeune voulant montrer ses organes génitaux pour quelques billets de dollars.

Heureusement, Shane Black est toujours un maître derrière la caméra. En trois longs-métrages le réalisateur a prouvé qu’il avait ce qu’il fallait pour tenir tête aux pointures d’Hollywood. Équipé d’un rendu visuel minutieux et d’un sens de la minutie parfait, Black parvient à compenser en grande partie les faiblesses de son texte. Sa réalisation est énergique rendant parfaitement hommage aux productions des années 70 avec une palette de couleurs tout simplement géniale. Néanmoins, malgré son passé dans de nombreuses productions d’action, le réalisateur semble être incapable d’offrir une bonne scène d’action dans The Nice Guys.

De façon assez étrange, le réalisateur est incapable d’offrir une bonne perspective à ces scènes, et ce même s’il a déjà excellé dans ce domaine par le passé. Il y a simplement quelque chose qui manque et qui fait en sorte que les positions des protagonistes et des méchants ne sont pas suffisamment illustrées. Cela peut paraître stupide, mais en ajoutant quelques plans larges et éloignés, ce pépin ne serait pas arrivé et nous aurions une meilleure lecture en sachant concrètement où ce beau petit monde se situe par rapport aux autres. Notons également que David Buckley (The Good Wife) et John Ottman (X-Men: Days of Future Past) livrent une trame sonore assez intéressante, mais avec une intrigue située dans les années 70, nous aurions préféré une présence plus accrue des succès disco et rock de cette époque…

Dans les rôles-titres, Russell Crowe (Gladiator) et Ryan Gosling (La La Land) parviennent à livrer d’excellentes performances avec une chimie plus que parfaite. Le seul élément négatif que l’on peut noter à propos de ces acteurs, c’est que Gosling pousse à de nombreuses reprises des cris aigus, ce qui énerve à la longue. Et puisque Shane Black a la réputation de créer des rôles de gamins mémorables, Angourie Rice (Spider-Man: Homecoming) obtient un personnage hilarant qui est interprété avec beaucoup de maîtrise par la jeune actrice. Sinon, Matt Bomer (White Collar), Margaret Qualley (The Leftovers), Keith David (The Thing), Beau Knapp (Southpaw), Lois Smith (Twister) et Kim Basinger (L.A. Confidential) ont des rôles secondaires dans cette production, où ils livrent tous des performances acceptables sans plus.

Sans rivaliser avec les classiques du genre, un genre qu’il a lui-même cocréé, Shane Black permet tout de même à livrer un divertissement adéquat avec The Nice Guys. Une révision plus poussée de son scénario ainsi qu’un montage et une réalisation plus minutieuse auraient permis au long-métrage de s’élever à la hauteur de la réputation de son cinéaste. Quoi qu’il en soit, The Nice Guys reste un bon choix pour animer une soirée cinématographique teintée de nostalgie et d’amour pour le cinéma des années 70 et pour l’ère du sexe, drogues et rock’n roll.


Réalisation : Shane Black

Scénario : Shane Black, Anthony Bagarozzi

Avec :  Russell Crowe, Ryan Gosling, Angourie Rice, Matt Bomer, Margaret Qualley, Yaya DaCosta, Keith David, Beau Knapp, Kim Basinger

A propos de Michaël Michaud 448 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.