Welcome to Blood City (1977)

Résumé : Des personnes amnésiques sont coincés en tant qu’esclaves dans ce qui semble être une ville de l’Ouest américain. Dans cette ville, la population obtient du succès en tuant ses semblables, ce qu’un de ces amnésiques entreprend de réaliser assez rapidement…

Critique :

De toute ma carrière de cinéphile, il fut assez rare de visionner un film d’exploitation canadien, et ce même si je suis moi-même canadien. Ce sous-genre cinématographique est né par une loi canadienne servant à générer une culture cinématographique canadienne, en co-finançant des longs-métrages. Cette loi, en vigueur de 1974 à 1982, servit à créer plusieurs films d’action, d’horreur et de science-fiction, avec des budgets minimes. Certains d’entre-eux sont devenus des classiques comme Black Christmas, Scanners ou Trapped. D’autres ont complètement disparu de la surface comme Welcome to Blood City

Un homme nommé Lewis se réveille avec d’étranges vêtements et une carte le traitant de meurtrier, tout en étant entouré de quatre inconnus. N’ayant aucuns souvenirs de leurs vies antérieures, les cinq êtres déambulent dans la forêt qui les entourent. Très rapidement, ils seront attaqués par des criminels pour ensuite être secouru par un mystérieux homme en noir qui les amène à la ville la plus proche. Là-bas, il leur explique qu’ils ont deux choix : Soit ils acceptent d’être des esclaves pendant une année, en échange de quoi ils auront une certaine liberté, en tant que «gardes du corps», soit ils se sauvent et risquent de se faire tuer par le premier venu. Lewis décide de tenter sa chance au milieu des fous peuplant cette localité, ce qui attire l’attention des nombreux habitants et d’une scientifique mystérieuse qui l’épie derrière son ordinateur…

Avant de vous parler proprement de Welcome to Blood City, il me faut vous avertir de la rareté relative du long-métrage en sol canadien. Oui, car il est assez aisé de se procurer une copie grâce au distributeur Mill Creek. Néanmoins, il ne faut absolument pas se fier à leurs éditions du film en DVD puisqu’elles sont les victimes de l’un des pires transferts de l’histoire de la compagnie, alors que l’image est floue et montre tout sauf les acteurs en pleine action et que la mauvaise qualité du son empêche d’écouter les dialogues sans monter son système de son au maximum…

Maintenant que vous êtes prévenus, parlons concrètement de Welcome to Blood City. Si son résumé parvient à nous donner l’impression d’assister à une version paumée de Westworld, la réalité est tout autre car Welcome to Blood City se positionne à mille lieux du classique de Michael Crichton, préférant jouer à un autre niveau. Pire encore, nous pourrions presque voir chez ce long-métrage les germes d’une célèbre trilogie cinématographique des années 1990/2000. Ce western tente d’apporter au cinéma nord-américain des idées innovatrices avec un côté science-fiction à des années lumières du cinéma des années 70.

Même si toute l’intrigue de Welcome to Blood City se repose sur le revirement ambigu qu’apporte le côté science-fiction (Ainsi qu’un autre revirement de conclusion qui apporte quelques incohérences…), l’aspect western du long-métrage n’est pas en reste, car nous avons ici un film qui divertira les amateurs de ce genre. Le monde où évolue nos héros remplit le carnet de commandes de tout bon western avec un triangle amoureux fascinant, un méchant charismatique, une revendication sociale efficace sur le sexisme et le racisme et avec le héros classique qui débarque dans une ville pour en «changer» sa société.

Parlant de ce héros, le personnage de Lewis est une agréable surprise. Entre ses confrontations avec les citoyens, qui sont les rois et maîtres de la ville, et ses nombreuses conversations avec le shérif immortel Frendlander, il est intéressant de suivre la progression du personnage, qui passe d’un homme étiqueté comme un tueur et qui refuse sa destinée, pour ensuite devenir une véritable machine à tuer. Néanmoins, le scénario de Welcome to Blood City n’est pas parfait comme le démontre les dix premières minutes où le film est incapable de mettre en place son univers sans saupoudrer le tout de somnifère.

Si vous survivez jusqu’à l’arrivée de Jack Palance, qui marque le moment où Welcome to Blood City devient réellement intéressant, vous serez confrontés à un autre problème de taille. Le film parvient à introduire une panoplie de concepts intéressants, mais il ne prend jamais le temps de les développer. Il suffit de se pencher sur la structure hiérarchique de la ville. Welcome to Blood City n’explore jamais concrètement les liens unissant les esclaves, les gardes du corps et les citoyens. Le seul moment où le film nous montre les fameux esclaves, c’est lors d’une courte scène où Lewis retrouve l’un de ses compagnons de voyage. Même chose pour ceux qui observent les moindres mouvements de Lewis et qui ont quelques scènes à gauche et à droite, dans les trois mêmes décors fauchés.

Également, il faut noter que nous avons derrière la caméra Peter Sasdy, un cinéaste hongrois principalement connu pour avoir réalisé le film d’horreur Taste the Blood of Dracula. Dans Welcome to Blood City, Sasdy offre une réalisation solide parvenant à tirer le maximum des faibles moyens financiers de cette production. Le long-métrage n’a pas de temps mort (À l’exception des dix premières minutes…), les décors et les costumes sont, pour la plupart, crédibles et réalistes et les scènes d’action sont bien foutues. Dans le rôle titre, Keir Dullea (2001: A Space Obyssey) joue parfaitement le rôle de Lewis, tout comme Jack Palance (Batman) qui livre possiblement l’une des bonnes performances de sa carrière. Samantha Eggar (Hercules) est pour sa part assez crédible en ayant deux rôles dans Welcome to Blood City, celui de la scientifique et un autre rôle mystérieux. La seule ombre au tableau demeure Hollis McLaren (Atlantic City, USA), une actrice offrant une interprétation assez fade, malgré de nombreux efforts, de Martine, une autre personne amnésique vivant les mêmes difficultés que Lewis. Notons également que Barry Morse (Vedette de la version originale de The Fugitive) a un petit rôle dans cette production…

Welcome to Blood City est un excellent film d’exploitation canadienne, un excellent western et un excellent film de science-fiction. Il est simplement dommage que le long-métrage fut rapidement oublié et qu’il n’y ait pas de copies non-indigestes en circulation en Amérique. Pour les chanceux, Welcome to Blood City pourrait vous tendre la main lors de votre prochaine visite aux puces. Pour les autres, il faudra vous contenter de cette simple critique…


Réalisation : Peter Sasdy

Scénario : Stephen Schneck, Michael Winder

Avec : Keir Dullea, Jack Palance, Hollis McLaren, Samantha Eggar, Barry Morse

Welcome to Blood City (1977)
3.3
Envoi
User Review
0 (0 votes)
A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.