Daredevil – Saison 1 (2015)

Résumé : Un avocat aveugle utilise ses autres sens surs-développés afin de combattre le crime à New York dans un costume de super-héros.

Critique : 

Peu importe les mérites de l’empire Marvel, il éprouve quelques difficultés à établir sa marque dans le monde télévisuel. Jusqu’à l’année 2015, son plus grand fleuron était toujours The Incredible Hulk, la série de 1978. Certes, Agents of S.H.I.E.L.D. fut un bon prétendant au titre, mais cette dernière n’a jamais été capable de faire un carton au niveau des audiences ou d’être constante en termes de qualité. Néanmoins, en avril 2015, Daredevil, un personnage légendaire de l’univers Marvel, débarqua sur Netflix et changea pour toujours l’univers télévisuel…

Matt Murdock, un avocat de New York, est aveugle depuis un accident de voiture impliquant des produits chimiques. Depuis, il a perdu la vue, mais il a gagné des sens surhumains qui lui permettent de pratiquer une activité nocturne hors du commun. En effet, Murdock revêt un costume masqué et combat le crime de son quartier, Hell’s Kitchen, lorsque la nuit tombe. Sauf que très rapidement ses activités nocturnes interfèrent avec celles de Wilson Fisk, un puissant criminel transformant les rues de ce quartier à son image. Le conflit sera inévitable lorsque Murdock et Fisk déclencheront une guerre mortelle dans les sombres rues de New York…

Le personnage de Daredevil n’a jamais reçu un accueil favorable auprès des cinéphiles de ce monde. Et c’est avec raison puisque le personnage mythique a rapidement sombré dans le ridicule avec le téléfilm The Trial of the Incredible Hulk, un film qui était bien pour son époque mais qui a incroyablement mal vieilli, et avec l’infâme Daredevil de 2003, un long-métrage qui fut massacré par le studio Fox (Seul le montage du réalisateur permet de rendre ce film appréciable…). Néanmoins, la plateforme Netflix a décidé de rectifier le tir plus tôt cette année en adaptant le justicier aveugle pour le petit écran.

La première saison de cette série se focalise sur les origines de ce personnage de l’écurie Marvel, alors que Matt Murdock ouvre son cabinet d’avocats et croise son premier véritable adversaire, Wilson Fisk, également connu sur le nom de Kingpin (Ou Le Caïd en V.F.) dans les comics de Marvel. Pour cette série, nous sommes toujours dans l’univers cinématographique de Marvel; les événements de cette dernière se déroulent après la destruction de New York dans le premier Avengers.

Mais attention, il ne faut pas vous attendre à voir débarquer Tony Stark, à entendre les personnages converser avec un humour gamin ou à voir plein de références aux films de Marvel. Si c’est que ce vous cherchez, tournez-vous vers Agents of S.H.I.E.L.D. ou Agent Carter. En regardant Daredevil, vous devrez vous contenter d’un réalisme poignant, tant dans le ton que dans l’humour, et d’une démarcation marquée avec les membres des Avengers, afin d’adapter le tout pour le public de Netflix. Et pourtant, c’est grâce à Netflix que cette série est si brillante (Oui, Daredevil est un chef-d’œuvre…).

En effet, les scénaristes ont bénéficié de la liberté qu’offrait ce réseau pour raconter une épopée sur treize épisodes d’une durée variable, sans des signes de censure ou de coupure (Les pauses publicitaires…). Si les scénaristes ont envie de décapiter un personnage avec une portière de voiture, ils ne vont pas se gêner et ils vont nous montrer tout le sang qui en découle. Et pourtant, la plus grande liberté provient du fait Daredevil n’est pas obligé de suivre une structure en trois actes à chaque épisode, créant même l’illusion que nous regardons un film qui dure une bonne dizaine d’heures.

La série aborde plusieurs thèmes dans les événements qui façonneront la légende de Daredevil. L’un de ses thèmes se concentre sur le fait que rien n’est blanc ou noir dans la vie, tout n’est composé que de nuances de gris. La plus grosse nuance se retrouve dans Wilson Fisk, un méchant qui dont les plans comportent une certaine logique qui nous force à respecter son point de vue sur la ville de New York malgré toute la folie de ce personnage. Même qu’à certains moments, nous avons envie de le prendre dans nos bras pour le réconforter dans ses difficultés pour s’exprimer correctement et nous assistons avec une certaine émotion et une certaine frénésie à sa relation de couple avec une certaine marchande d’art.

Les héros ne sont pas en reste alors que Matt Murdock est un personnage complexé qui lutte à trouver la définition de la justice qu’il veut prodiguer la nuit, et à trouver ses limites tant sur le plan mental et psychologique. D’ailleurs, chaque épisode ne se gêne pas à ouvrir les plaies de ce combat intestin avec des scènes de dialogue sublimes entre Murdock / Daredevil et les autres personnages de la série (Mention spéciale à la première confrontation verbale entre Daredevil et Wilson Fisk…). Même le quatuor de personnages secondaires (Foggy Nelson, Karen Page, Claire Temple et Ben Ulrich.) n’est pas en reste avec des intrigues toutes aussi importantes que celles de notre héros, alors que leurs vies sont chambardées par le bulldozer que représente Wilson Fisk.

Daredevil brille également par son niveau technique. Malgré des moyens limités (La série comporte trois épisodes de type «huis-clos» (Définition en bas de page.) pour une saison de treize épisodes…), la série ne semble jamais fauchée, offrant même des prouesses techniques dignes du grand écran. Si nous sommes attentifs, nous pouvons même être témoins de quelques moments techniquement géniaux. Par-exemple, nous pouvons citer une scène d’interrogatoire où les lunettes de Matt Murdock permettent au spectateur de suivre cette conversation en regardant les visages des différents personnages avec un seul plan.

Même les combats de cette série sont géniaux, avec une maîtrise technique montrant que chaque personnage bouge et respire comme un ninja et avec une violence viscérale jamais atteinte dans les adaptations de super-héros destinés au grand public. Certaines scènes vous forceront même à détourner de l’œil, selon votre sensibilité. Pour notre part, ce fut le combat entre Daredevil et Nobu, un gangster de haut-niveau spécialisé dans la faucille, un outil d’agriculture pouvant se transformer en une arme mortelle sous de mauvaises intentions. La musique joue également un facteur déterminant dans cette expérience viscérale, avec une trame sonore poignante sous la gouverne de John Paesano (La franchise Maze Runner), qui livre ici le meilleur travaille de sa carrière. Sa trame sonore parvient à se glisser dans votre esprit tel un ninja sonore qui vous force à ressentir de nombreuses émotions supportant les propos tenus par cette série.

Dans le rôle titre, Charlie Cox (Stardust) offre une performance irréprochable. Il est Daredevil, de la première minute à la dernière minute de cette saison. Chaque geste, chaque parole sortant de sa bouche nous prouvent qu’il était l’acteur destiné à jouer ce rôle. Même chose pour Elden Henson (Deja Vu) qui interprète Foggy Nelson de façon très touchante, honnête et personnelle, à l’image de son personnage. En fait, nous pouvons dire la même chose du reste du casting, que ce soit Deborah Ann Woll (True Blood)Toby Leonard Moore (John Wick)Vondie Curtis-Hall (Die Hard 2)Bob Gunton (The Shawshank Redemption) ou Ayelet Zurer (Angels & Demons). Et il ne faudrait pas oublier Vincent D’Onofrio (Law & Order: Criminal Intent), un acteur légèrement oublié par la machine hollywoodienne qui offre ici la meilleure performance de sa carrière, en comprenant avec beaucoup de subtilité les forces et les faiblesses de Wilson Fisk.

En réalité, les défauts de cette série sont si minimes qu’ils paraissent anodins. Puisque cette série débarque après Arrow, la comparaison entre les deux séries sont inévitables, surtout que Daredevil emprunte plusieurs éléments à cette dernière, même si comparer les deux serait un sacrilège monumental, un peu comme si nous voulions comparer les Beatles avec Maroon 5, deux célèbres groupes de rock populaire (Daredevil étant les Beatles dans cet exemple…). Et plus, par choix artistique et afin de l’angle cinématographique de cette oeuvre, tous les épisodes sont réalisés selon le même moule, retirant la personnalité des réalisateurs derrières la caméra, alors qu’en comparaison, des séries comme Agents of S.H.I.E.L.D. ou Arrow tirent à profit les forces et les faiblesses de ces hommes / femmes dans la création du pot-pourri d’épisodes qui composent chacune de leurs saisons.

Daredevil est décidément l’une des meilleures séries de l’année, un titre qu’elle risque fortement de remporter. Cette série mérite à seule l’abonnement à la plateforme Netflix, mérite à elle seule votre adhésion à l’univers cinématographique de Marvel et mérite votre pardon envers les adaptions ratées de ce personnage de l’écurie Marvel, des adaptions qui auront contribué indirectement à ce prodige de la télévision contemporaine.

Note : A+


Créateur : Drew Goddard

Diffusée sur : Netflix

Avec : Charlie Cox, Deborah Ann Woll, Elden Henson, Rosario Dawson, Vincent D’Onofrio, Ayelet Zurer, Bob Gunton, Toby Leonard Moore, Vondie Curtis-Hall, Scott Glenn

N.B. : Un «huis-clos» est un épisode où l’intrigue se concentre en un seul lieu afin de minimiser son coût de production et de rediriger l’argent non-utilisé vers des épisodes plus coûteux.

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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