Entrevue avec Jared Bentley – Réalisateur d’Intensive Care

Plus tôt cette semaine, j’ai eu la chance de réaliser une entrevue avec le réalisateur Jared Bentley. La première entrevue du site et pour cela, je remercie Jared Bentley pour avoir pris le temps de répondre à ces question. Son dernier long-métrage, Intensive Care est disponible depuis janvier dernier sur Amazon Canada. Vous pouvez lire ou relire mon avis d’Intensive Care en cliquant ici. Sinon, voici l’entrevue en question.

P.S. L’entrevue originale en anglais est disponible en page 2. / The original interview in English is available in page 2.

1- Tout d’abord, comment Intensive Care a vu le jour? Le scénario était-il en développement lorsque tu es arrivé sur le projet ou es-ce que tu as fait partie de l’équipe ayant créé le long-métrage?

J’ai été implique du début jusqu’à la fin. Mes partenaires chez Engenius Production et moi-même étions frustrés avec le processus pour obtenir du financement pour certains projets de long-métrage en cours de développement. Nous avions le problème de la «poule et de l’oeuf» où les financiers n’étaient pas intéressés, à moins que des talents soient attachés au projet…et nous étions incapable de signer des talents sans un financement en place.

Certains sociétés de production ont voulu choisir de nos projets, mais l’argent était toujours très minime et nous devions renoncer à tout contrôle sans même savoir si le projet sera fait un jour. Donc à l’été 2015, nous avons décidé de ne plus attendre, et juste de s’auto-financer un film nous-mêmes. Donc, avec quelques collaborateurs de longue date, nous avons financé le film. Les scénario actuels que nous magasinions ne fonctionnaient pas car les budgets étaient trop élevés, alors le co-scénario et producteur, Darrin Scane, a suggéré une histoire d’invasion à domicile, et le tout est né de là. Darrin, Eric Storlie et moi-même avons passé environ trois mois à écrire le scénario, et trois mois plus tard, nous étions en production. Tout s’est mis en place rapidement.

2- Dans quelle mesure avez-vous eu du mal à concrétiser votre vision et à créer un divertissement avec un petit budget?

Oh mon dieu, combien de temps as-tu ?? 🙂

Tous les défis du cinéma indépendant à petit budget sont trop nombreux pour être énumérés. Les principaux défis pour nous étaient que nous préparions le tout en si peu de temps. Nous avions une petite fenêtre d’opportunité avec nos acteurs, notre directeur de la photographie et notre lieu de tournage. Pousser les choses de même un mois signifierait les perdre. Il est également devenu assez clair que notre budget initial de 75 000 dollars n’allait pas le faire. Les acteurs que nous voulions utiliser étaient tous du groupe SAG (NDLA – Screen Actors Guild), ce qui ajoute beaucoup en « marge » de notre budget. C’est frustrant, car en tant que producteur, vous payez beaucoup d’argent pour des choses qui ne se retrouvent pas à l’écran. De plus, nous savions que nous ne pouvions pas lésiner sur l’emplacement, nous avons donc dû l’ajuster à la hausse. Nous avons donc contracté un emprunt auprès d’une petite entreprise pour obtenir le reste.

3- Avant de parler de l’actrice principale, la maison d’Intensive Care est également un personnage principal en soi. Comment l’avez-vous trouvé? Est-ce que quelque chose a été construit ou modifié pour faire, par-exemple, la scène suspendue?

Je suis heureux de vous entendre dire cela parce qu’avoir la maison comme personnage en elle-même était très important pour nous. Et dans un film comme celui-ci, l’emplacement est très important. Même si nous sommes tous basés à Los Angeles, nous ne voulions pas que le film ressemble à Los Angeles, car c’est ennuyeux. De plus, les gens de Los Angeles sont très avertis en ce qui concerne l’industrie du film et s’attendent à un gros salaire pour filmer dans l’un de leurs lieux. Lorsque vous sortez de l’un des principaux centres urbains, les gens sont beaucoup plus disposés à voir une production cinématographique bouleverser leur vie et, dans de nombreux cas, sont enthousiasmés par cette perspective et travailleront avec vous et votre budget. J’ai fini par trouver nos deux principaux sites – la maison et la grange – sur les sites de location de vacances, Airbnb et Homeaway.com. La maison se trouve à Ojai, en Californie, à environ une heure au nord-ouest de Los Angeles et la grange à Julian, en Californie, à environ 4 heures au sud-est de Los Angeles. Les deux propriétaires étaient enthousiastes à l’idée qu’une production de film ait lieu là-bas.

La maison Ojai en particulier était parfaite, non seulement pour son apparence unique dans une région éloignée, mais aussi pour l’espace et l’agencement dont nous avions besoin pour le jeu du chat et de la souris qui en découle, en plus d’un acre de propriété. pour nous permettre de faire beaucoup d’extérieurs.

La scène de la pendaison était particulièrement difficile car la maison était très délicate. Nous ne pouvions construire aucun appareil dans cette cage d’escalier, mais heureusement, nous avions un coordinateur des cascades très expérimenté, Pete Porteous. Il s’est efforcé de le faire en toute sécurité, sans endommager l’emplacement, mais en montrant tout de même la brutalité. Ce fut une journée difficile, car je pense avoir eu plus de 50 plans à faire. Lorsque Tara est suspendue là-bas, le moyen le plus efficace de le faire était d’attacher la corde à un poteau et d’avoir du personnel pour la soulever et la suspendre. Les coulisses sont assez comiques alors que 4 gars s’efforcent de garder Tara Macken en difficulté pendant deux minutes tandis que Kevin Sizemore présente son long monologue sur la pendaison. Je disais « coupez » et ils la baisseraient pour reprendre leur souffle. Ensuite, nous le faisons encore 40 fois.

4- Également, je suis à peu près sûr que Tara Macken, une cascadeuse et actrice, a été d’une grande aide pour amener ces scènes d’action. Comment son casting est-il survenu et a-t-il été facile de créer des scènes d’action autour d’elle et des autres acteurs?

Vous avez mentionné des défis auparavant, et Alex était de loin le défi le plus difficile. Nous avons reçu des centaines de soumissions et auditionné une quinzaine d’actrices, mais aucune d’entre elles n’était parfaite. Ou bien c’étaient de grandes actrices, mais déficientes en termes de cascades et de physique, ou elles pouvaient gérer les cascades et les combats, mais les talents d’actrices n’étaient pas là. Nous avions besoin qu’Alex puisse alternée entre être drôle, sexy, vulnérable et forte […] oh, mais aussi une experte en arts martiaux et en cascades. Il y a une très petite liste de femmes à Los Angeles qui possèdent toutes ces qualités ET qui souhaitent être dans un film à petit budget avec une société de production non prouvée.

Nous étions à 6 semaines du tournage lorsque Kevin Sizemore, qui joue le rôle de Seth dans le film et qui est également producteur du projet, m’a envoyé son démo et je lui ai dit: « Oui! Mais peut-elle jouer? » Elle est venue pour lire et après une minute, il était clair qu’elle était notre Alex. Avoir quelqu’un comme Tara avec son expérience, a été un énorme coup de pouce pour le film. Son professionnalisme, son éthique de travail et son talent ont placé la barre haute pour nous tous dans le film et nous voulions tous l’égaler. Elle et notre chorégraphe de combat, Mark Parra (une autre découverte de Kevin Sizemore) ont cliqué instantanément. Les autres acteurs (Jai Rodriguez, Darrin Henson, Jose Rosete et Kevin Sizemore) ne sont pas des cascadeurs en tant que tels, mais ils étaient tous prêts à faire leurs propres cascades. Nous avons tenu plusieurs répétitions, de sorte que le jour du tournage, tout était une seconde nature. Cela m’a également permis de filmer l’action comme je la voulais. Souvent, dans les films, ils tournent des scènes très serrées ou sombres, afin de masquer le fait qu’ils alternent avec des cascadeurs. Cela enlève à une scène beaucoup de tension dramatique, parce que vous ne voyez pas réellement les acteurs dans la situation. Avec Intensive Care, je voulais non seulement préciser que ces acteurs réalisaient leurs propres cascades, mais je voulais aussi filmer de manière simple et sans restriction, ce qui permettra au spectateur de pouvoir tout suivre facilement. Juste avant le tournage, j’ai visionné John Wick, et cela m’a beaucoup influencé en raison de la clarté et de la qualité de la mise en scène des scènes d’action. Mais bien sûr, vous avez besoin d’un talent comme Keanu Reeves pour réussir cela … ou comme Tara Macken. 🙂

5- Intensive Care peut être vu comme un retour aux films des années 80. Il y a t’il des influences importantes dans la réalisation du film?

Mes partenaires et moi avons grandi avec une diète régulière de films de série B des années 80 et 90. Quand j’étais enfant, s’il y avait « Ninja », « Death », « Force » ou « Blood » dans le titre, je le regardais. Darrin Scane est lui-même un expert en arts martiaux. Il a donc apporté ses connaissances au projet à l’écriture. Le co-scénariste, Eric Storlie n’était pas tout à fait dans ces choses. Il a donc apporté un bon équilibre au projet pour s’assurer que tout ce que nous faisions allait pouvoir être raconté à un public en dehors de ces genres. Un précédent critique a qualifié notre film de « Under Siege rencontre Home Alone». Cela m’a fait vraiment plaisir parce que 1) Under Siege est un film bad-ass et 2) cela signifie que l’humour du film est également présent. C’était un équilibre délicat de jongler avec la violence et les éléments plus sombres de la comédie. Engenius Productions a principalement travaillé dans la comédie au fil des ans, et nous avons donc naturellement insufflé cet élément au matériel. Nous avions dès lors décidé de ne pas y résister et de ne pas combattre lorsque le film allait dans cette direction. Intensive Care est, par sa conception, un film simple, inspiré de ceux qui nous ont inspirés. Il n’y a pas de « message ». C’est juste une aventure amusante avec quelques dialogues spirituels et une héroïne bad-ass qui est amusante à regarder semer le chaos sur un trio dégénéré.

Tara Macken, Leslie Easterbrook et Jai Rodriguez sur le plateau d’Intensive Care. Crédit : Facebook

6- Pour rester dans les années 80, Leslie Easterbrook (Police Academy) a un petit caméo dans Intensive Care Comment est-elle arrivée au projet?

Leslie est la MEILLEURE. Je veux travailler avec elle sur tous les films. Le plateau avait de la classe lorsqu’elle était là.

Un de nos courts métrages était projeté lors du festival Scream in the Dark à Omaha en octobre 2015. Elle y était l’invitée spéciale pour la projection de The Devil’s Rejects, célébré pour dixième anniversaire. Eric Storlie et moi avons tendu une embuscade à sa sortie et lui avons parlé de notre film et lui ont dit qu’elle serait parfaite pour « Claire ». À juste titre, elle s’est un peu mise sur ses gardes à cause des deux inconnus qui la traquaient! Mais elle a accepté de le lire. Une semaine plus tard, elle a appelé pour lui dire qu’elle l’aimait et qu’elle voulait le faire. Ce fut une journée passionnante pour nous.

Sur une note à part : Le propriétaire d’Ojai était un grand fan, alors je lui ai demandé si elle pouvait lui dédicacer une photo. Elle a eu la gentillesse d’en apporter plusieurs parmi lesquelles choisir : Police Academy, Laverne & Shirley, etc. Après avoir terminé ce jour-là, nous nous sommes transformés en une bande de fans, nous sommes tombés amoureux d’elle et elle a eu la gentillesse de nous régaler de quelques histoires du passé. C’était un vrai régal.

7- En conclusion, y a-t’il des projets à venir que vous voulez que les gens sachent?

Nous venons de terminer notre scénario pour un thriller de science-fiction intitulé The Conductor. C’est une sorte de Silence of the Lambs cybernétique. En plus de cela nous avons un thriller dans un lycée appelé Covetous, qui est un mélange de « Glee qui rencontre Dexter ». Nous faisons le tour avec ceux-là. Nous avons fait des concepts pour chacun, et la réaction a été excellente jusqu’à ce jour.

Michaël Michaud

Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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