Hold the Dark (2018)

Résumé : Après la mort de trois enfants soupçonnés d’être tués par des loups, l’écrivain Russell Core est engagé par les parents d’un garçon de six ans disparu pour retrouver et localiser leur fils dans la nature sauvage de l’Alaska.

Critique : 

La plateforme Netflix a la réputation de rendre justice à la vision de leurs cinéastes. En travaillant pour cette compagnie, ceux-ci savent qu’ils auront un patron qui ne va pas charcuter leur long-métrage ou les forcer à certains compromis pour satisfaire un public plus large et diversifié. Néanmoins, cela peut à l’occasion créer des divertissements qui partent dans un dérapage contrôlé parfois désagréable. Comme c’est le cas avec Hold the Dark.

Après la disparition de son fils, une femme nommée Medora Slone contacte un expert en loups, Russell Core, pour qu’il traque la bête responsable de la disparition de son fils; et ce avant que son mari revienne de la guerre en Irak. Son fils est la troisième victime d’une série d’enlèvements macabres. Après qu’elle lui ait montré les lieux des disparitions, Russell découvre rapidement que la situation pourrait être plus corsée que prévu. Pendant, le mari retourne d’Irak après une blessure et prépare sa propre enquête…

Bien que conçus par deux réalisateurs totalement différents, Hold the Dark peut facilement se comparer à Mute (critique ici), sorti plus tôt cette année sur Netflix. Non pas parce que les films mettent en vedette Alexander Skarsgård. Mais parce que les deux projets semblent nous séduire avec une certaine approche. Pour ensuite partir, bien évidemment, dans une direction inattendue et moins intéressante. Sans dévoiler le point de non-retour d’Hold the Dark, nous sommes forcés de constater que nous sommes à nouveau forcés de suivre le parcours d’un homme peu développé ou intéressant. Sauf que cette fois-ci, nous ne sommes pas dans un futur captivant, mais dans le froid d’Alaska.

N’utilisant l’année de 2004 que pour rendre son univers technologiquement moins avancé, Hold the Dark offre une histoire assez générique qui n’a, comme vous l’aurez deviné, que peu de liens avec la vie sauvage. Après une trentaine de minutes, le film va dans une autre direction; plus violente et plus humaine. Le tout est bien mené, là n’est pas la question. Le principal problème du long-métrage se trouve dans la mécanique de son histoire. Avec des personnages parfois plus sauvages que les animaux qui les entourent, il est parfois frustrant de constater que le protagoniste du film a le charisme d’un meuble Ikea; avec des vis manquantes et un fini peu étincelant.

Durant sa durée, le divertissement tente des choses et d’explorer la nature de l’homme. Hold the Dark n’a pas la réflexion nécessaire pour mener à bien sa pensée. L’analogie que prend le film après son introduction est bien pensée, mais peu de cinéphiles aimeront la méditation spirituelle sur la violence humaine que propose l’oeuvre. Surtout que le tout tombe un peu à plat après le deuxième tiers. Après une fusillade spectaculaire, le divertissement descend peu à peu dans la médiocrité, jusqu’à une séquence finale trépidante, mais peu reluisante.

Encore là, Hold the Dark parvient parfois à se racheter avec quelques éclairs de génie. Durant des flashbacks ou un moment en Irak, le film parvient à surprendre même si cela signifie l’ajout de minutes facultatives à un film parfois long. Cela peut paraître étrange à dire, mais Hold the Dark aurait bénéficié à avoir un exécutif d’Hollywood pour rendre son contenu accessible à plus de gens. L’oeuvre aurait été plus courte et plus concise. Et elle aurait été visionnée, jusqu’à la fin, par plus de gens.

Derrière la caméra, Jeremy Saulnier (Blue Ruin) démontre pour une nouvelle reprise qu’il est l’un des talents prometteurs d’Hollywood. Ce fut le cas il y a quelques années avec Green Room, et c’est encore le cas avec Hold the Dark. Saulnier est un génie capable de profonds actes de violence sanglants. Il est aussi capable d’alterner ces moments avec des silences et des contemplations bien méritées. Ici, nous avons possiblement l’oeuvre la plus ambitieuse et la plus impressionnante de sa carrière. Il est juste problématique de sentir que Saulnier s’égare parfois dans sa pensée et ne retrouve le droit chemin que bien trop tard.

Dans le rôle principal, Jeffrey Wright (Westworld) livre une performance assez salvatrice. Son personnage est peu intéressant, mais l’interprétation que l’acteur propose de Russell Core est, tant qu’à elle, très captivante. Le shérif interprété par James Badge Dale (13 Hours) est aussi l’une des forces de la distribution, alors que l’acteur vient un peu sauver les meubles durant les deux derniers tiers de l’oeuvre. Par contre, soulignons les présences fades d’Alexander Skarsgård (Mute) et de Riley Keough (It Comes at Night) dans les rôles des parents du jeune garçon. L’acteur canadien Julian Black Antelope (Blackstone) complète la distribution principale du divertissement.

Hold the Dark est une occasion manquée. On voit ce que le long-métrage tente d’être et on le voit échouer tandis qu’il se perd dans les plaines glaciales de l’Alaska. Il n’empêche que l’oeuvre mérite d’être vue, ne serait-ce que pour quelques scènes marquantes.


Réalisation : Jeremy Saulnier

Scénario : Macon Blair

Avec : Jeffrey Wright, Alexander Skarsgård, Riley Keough, James Badge Dale, Macon Blair, Julian Black Antelope

A propos de Michaël Michaud 568 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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