Mute (2018)

Résumé : Un barman muet affronte les bandits de sa ville afin de retrouver sa petite-amie mystérieusement disparue.

Critique :

La carrière de Duncan Jones (Moon) a démarré en lion avec deux excellents longs-métrages. Par la suite, Jones a « trébuché » avec le divertissant, mais imparfait Warcraft; un film qui s’est révélé être son premier échec en sol hollywoodien. Pour Mute, Jones a décidé de sortir d’Hollywood pour faire un projet qu’il prépare depuis des années. Voici donc Mute, une suite indirecte à Moon et tient plus d’un Blade Runner de seconde zone qu’autre chose…

Car, si Mute est un festin visuel, le long-métrage a une histoire problématique. Comme le sous-entend son titre évocateur, nous suivons un homme ayant perdu la voix à la suite d’un accident durant sa jeunesse (et de sa mère qui a refusé de le faire soigner pour des raisons religieuses). Néanmoins, Mute ne supporte aucunement le handicap physique de son personnage et n’apporte rien de révolutionnaire sur le plan narratif. Donc, nous sommes coincés à suivre le parcours d’un homme peu développé ou intéressant, qui vit des aventures très singulières, sauf que le tout doit se dérouler très lentement puisque le barman ne peut parler. Durant la majorité du long-métrage, nous ne faisons que suivre ce barman poser des questions à des criminels ou à des obsédés sexuels sans grand intérêt. Dans le style, Mute fait écho à Drive, avec ce personnage principal de peu de mots qui cache une profonde violence en  lui, sauf que l’aîné réussit là où Mute échoue par manque de cohérence et de consistance.

Ce qui sauve, en partie, Mute du désastre ce sont les personnages interprétés par Paul Rudd et Justin Theroux. Situés dans une histoire parallèle de notre héros, les deux psychopathes sont la véritable source de bonheur de Mute. Ces hommes, qui ont une petite entreprise pour un criminel local, forment un couple à la sexualité ambiguë et évoluent nébuleusement dans une vie remplie de pêchés et de torture sadique. Éventuellement, durant la dernière demi-heure, les deux intrigues parallèles se rejoignent et c’est alors que nous découvrons la supercherie. Dans son for intérieur, Mute n’a rien d’une histoire de science-fiction. C’est tout simplement un thriller tout ce qu’il y a de plus conventionnel. Et puisqu’il nous a fallu attendre pendant de longues minutes pour cette révélation, Mute laisse sur notre faim.

Si Mute ne mérite un visionnement, ce n’est que grâce à son univers. Son allure futuriste n’est que purement esthétique, car le tout est inutile au déroulement du récit. Néanmoins cela permet à Mute d’être un bel exercice de style pour Duncan Jones qui démontre son talent visuel. Même quand son scénario part à la dérive, Jones réussit à permettre aux cinéphiles d’expérimenter un joli spectacle. Nous avons une Allemagne futuriste à souhait et grâce à Jones, le tout est immersif et impressionnant, malgré les effets numériques un peu limités mis à sa disposition. Notons également que Clint Mansell (Ghost in the Shell) aide grandement à ce côté immersif, avec la meilleure composition musicale de sa carrière.

Alexander Skarsgård (True Blood) est un excellent acteur, mais ici il est complètement à la dérive. Une fois retiré de l’usage de sa parole, Skarsgård se révèle être un interprète assez fade, ce qui est pénible surtout qu’une bonne partie de Mute repose essentiellement sur ses épaules. Paul Rudd (Ant-Man) et Justin Theroux (The Girl on the Train) sont les deux seuls acteurs importants de Mute et heureusement qu’ils sont là. Sans entrer dans les détails de leurs personnages, les deux hommes ont la chance de jouer des fous de façon jouissive, dans un contre-emploi nous ouvrant à la porte à l’étendue de leurs talents. Espérons que Mute puisse permettre à Rudd et à Theroux d’obtenir des rôles dans le même registre dans les années à venir.

Mute n’est pas un grand film. Il n’est même pas bon. Mais il permet d’explorer un monde riche que Jones n’a pas envie d’exploiter avec une histoire banale et peu originale. Certes, le talent du réalisateur et les présences de deux acteurs de haut niveau aident Jones dans sa démarche scénaristique. Il reste que le tout est insuffisant pour créer un spectacle pouvant se tenir debout pendant 130 minutes…


Réalisation :  Duncan Jones

Scénario : Michael Robert Johnson, Duncan Jones

Avec : Alexander Skarsgård, Paul Rudd, Justin Theroux, Seyneb Saleh, Robert Sheehan, Gilbert Owuor, Robert Kazinsky, Noel Clarke, Dominic Monaghan

Mute (2018)
2.2

Résumé

Bien que joli, Mute, à l’image de son personnage principal, n’a rien à dire. C’est dommage puisque nous nous attendions à mieux de Duncan Jones

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