Superman (1948)

Résumé : Des années après avoir atterri sur Terre, Clark Kent devient Superman, le premier super-héros de la planète, et croit combattre Spider Lady, son premier véritable adversaire.

Critique : 

Alors la période des serials battait à son plein, le studio Columbia (Aujourd’hui nommé Columbia Pictures.) voyait son plus grand rival, Republic Pictures, connaître un certain succès avec ses adaptations cinématographiques d’héros populaires comme Dick Tracy, ZorroCaptain Marvel et Spy Smasher,  sous la forme de serials. Columbia tenta alors de rattraper sa rivale en tentant de faire mieux avec moins de moyens. De cette rivalité est née les adaptations des comics de The Phantom, d’Hop Harrigan, de The Vigilante, de Batman, mais surtout de Superman, qui est considéré comme étant l’un des plus grands succès du studio…

Superman est envoyé sur Terre par ses parents qui veulent que leur jeune garçon échappe à la destruction de leur planète natale, Krypton. Accueilli par un couple de campagnards et renommé Clark Kent, Superman décide d’aller vivre à Metropolis et de devenir journaliste pour accomplir sa destinée et devenir le premier super-héros de la Terre, sans se douter que ses plans héroïques troubleront ceux de Spider Lady, une puissante criminelle terrorisant Metropolis…

Pour cette première apparition de Superman au cinéma, les scénaristes ont décidé de jouer avec prudence en racontant les origines du super-héros et de son arrivée à Metropolis. Nous pouvons même assister à la jeunesse de Clark Kent et à la destruction de Krypton, ce qui est assez remarquable si l’on tient compte de l’époque et des moyens visiblement limités du serial. Soyons francs, juste le fait que Superman offre un divertissement de qualité est un miracle en soi, tout comme le fait que le produit fini est d’une qualité technique assez honnête. Mais comme nous pouvions supposer, le serial utilise à outrance les mêmes plans de caméra et les mêmes effets spéciaux qui sont dessinés à la main.

Même le scénario du serial pue le manque de moyens. Dans cette histoire, Superman doit combattre Spider Lady, un combat qui n’est en réalité que technique, puisque les quinze chapitres du serial se composent de cette façon : Superman arrive à Metropolis, Spider Lady tente de construire un «rayon réducteur» (Une arme permettant d’exploser des objets à distance et qui ne réduit aucunement…), elle obtient son arme dans les cinq dernières minutes du serial et le serial se conclut. C’est extrêmement dommage qu’au lieu d’assister à un vrai affrontement entre cette vilaine et Superman, nous sommes obligés de regarder Superman assommer les mêmes hommes de main, encore, encore et encore. Le serial ne parvient pas à faire de Spider Lady une méchante convaincante. Tout que cette dernière veut faire c’est construire son arme et c’est seulement la possibilité d’une arme complétée qui fait avancer le récit. Évidemment, il faudra kidnapper des scientifiques ou voler des minéraux rares pour réaliser ce projet, mais son avancement se fait si lentement, grâce à Superman qui possède un certain talent pour assommer des hommes de main, que nous voulons simplement voir l’histoire avancer. Et puisque le serial dure quatre heures et quatre minutes, nous attendons littéralement quatre heures la construction d’une arme qui ne sera utilisé contre Superman que pour les quatre dernières minutes.

Évidement, le scénario de Superman a quelques défauts supplémentaires. Puisque cette production approche son 70e anniversaire, il est normal de constater que plusieurs dialogues ont mal vieilli. Et pourtant la pus grande hérésie provient au personnage de Loïs Lane. Alors que Superman met en scène un personnage féminin ayant une forte personnalité (Spider Lady), ce qui était assez audacieux pour l’époque, nous serions en droit que l’autre personnage féminin du serial subisse le même traitement scénaristique. Malheureusement ce n’est pas le cas puisque cette version de Lois Lane ressemble plus à une pauvre enfant gâtée qu’à une journaliste vedette du Daily Planet. Et à chaque fois que ce personnage ouvre la bouche nous savons qu’un désastre est sur le point de se produire. Heureusement, ces défauts ne boudent pas notre plaisir puisque ce serial reste divertissant dans son ensemble.

Derrière la caméra, nous avons un duo de réalisateurs assez compétents, un duo composé de Spencer Gordon Bennet (Batman and Robin) et de Thomas Carr (Qui réalisa par la suite plusieurs épisodes de la série Adventures of Superman.). Les deux hommes sont parvenus à créer un mise en scène plutôt jolie, usant plusieurs astuces pour rendre Superman plus grand que nature et dans l’ensemble ils font un travail sans fautes majeures. Par-contre, il est dommage de constater un certain manque de scènes d’action avec Superman. Sans faire de blagues, les personnages de Jimmy Olsen et de Perry White se battent plus souvent que le fils de Krypton…

Cela est peut-être causé par le manque de moyens puisque comme mentionné au début de l’article, plusieurs des pouvoirs de Superman sont dessinés à la main, comme un cartoon. Néanmoins, ces effets apportent un certain charme à l’oeuvre, contribuant même à l’aspect rétro du serial, même si l’on utilise et réutilise les mêmes animations dans tous les chapitres et même si les animations sont parfois mal insérées dans les scènes donnant un effet de dédoublement assez étrange.

C’est Mischa Bakaleinikoff (The Big Heat) qui s’occupe de la trame sonore de Superman. Le compositeur russe apporte une musique assez conventionnel à l’oeuvre, sans grands thèmes musicaux marquants ou chansons épiques. Par-contre, à plusieurs reprises il est possible d’entendre les notes musicales qui vont inspirer, consciemment ou non, la trame sonore légendaire de John Williams, qui signera la musique du Superman de 1978.

Dans le rôle titre, Kirk Alyn (Federal Agents vs. Underworld, Inc.) interprète avec brio Superman et Clark Kent, captant à merveille l’innocence et la grandeur associée au personnage de Superman dans les bandes-dessinées de cette époque. Il est grandement dommage que l’acteur fut condamné à rester dans l’ombre de George Reeves et de Christopher Reeve pour le restant de sa vie. Cependant, la véritable surprise de ce casting demeure Noel Neill qui est absolument parfaite dans le rôle de Lois Lane, malgré l’écriture assez faible de son personnage. Il est impossible de ne pas tomber sous le charme de Neill, qui joue pour la première fois le personnage le plus emblématique de sa carrière (Puisque Neill reprendra ce rôle dans la série télévisée Adventures of Superman lorsque Phyllis Coates, actrice interprétant Lois Lane, quitta la série.). Les deux acteurs sont entourés par Tommy Bond (Qui devint accessoiriste à la télévision par la suite.) et Pierre Watkin (Meet John Doe) qui jouent respectivement Jimmy Olsen et Perry White avec une certaine efficacité. Pour sa part, Spider Lady est jouée par Carol Forman (The Black Widow) qui fait un travail honnête sans plus, tout comme ses hommes de main qui ne font rien pour se différencier ou pour se démarquer.

Malgré plusieurs défauts, Superman parvient à offrir un divertissement convenable, qui est certes lent et assez redondant. Il faut subir pendant plusieurs la construction d’une arme indestructible pour ensuite parvenir au climax tant attendu, un climax qui en décevra plusieurs à cause de sa durée et de son dénouement final. Heureusement, Superman comporte certains charmes, surtout au niveau du casting, qui font en sorte que ce serial évite d’être un échec monumental…


Réalisation : Spencer Gordon Bennet, Thomas Carr

Scénario : Arthur Hoerl, Lewis Clay, Royal K. Cole, George H. Plympton, Joseph F. Poland

Avec : Kirk Alyn, Noel Neill, Tommy Bond, Carol Forman, George Meeker, Jack Ingram, Pierre Watkin, Terry Frost, Charles King, Charles Quigley, Herbert Rawlinson, Forrest Taylor, Stephen Carr, Rusty Wescoatt

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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