The Siege of Jadotville (2016)

Résumé : Le commandant irlandais Pat Quinlan mène une résistance internationale face à un assaut organisé par une troupe de mercenaires français et belges.

Critique : 

Après Beasts of No Nation, Netflix récidive à nouveau avec un nouveau film de guerre historique se déroulant en Afrique. Ce continent est souvent oublié par Hollywood qui préfère mette en évidence des récits opposant la fameuse armée américaine aux Russes, aux Arabes ou aux Vietcongs. Cette fois-ci, le contexte est différent puisque les gentils de l’histoire sont des Irlandais et que les méchants sont des Français et des Africains. Mais cela ne veut pas dire que The Siege of Jadotville est un excellent film…

Lorsque le dirigeant d’une province du Congo meurt, une nouvelle ère politique débute avec un pouvoir militaire qui prend le contrôle de cette localité. Ayant peur que la Guerre Froide se transporte dans ce pays d’Afrique, l’Organisation des Nations Unies envoie des forces armées dans l’État du Katanga, afin de protéger la population de leur nouveau dirigeant, Moïse Tshombe. Mais lorsqu’une opération de l’ONU se révèle être un échec, il est clair qu’une escadron de l’armée irlandaise, envoyée pour protéger un complexe militaire éloigné, sera coincée derrière les représailles de Tshombe.

The Siege of Jadotville est l’exemple parfait de l’importance d’un scénario dans la création d’un film de guerre. Nous avons ici un long-métrage dont le concept lorgne de nombreuses productions plus réussies. Après-tout, quoi de mieux que de montrer un groupe de braves gens peu nombreux, sous-entraînés et sous-armés, se tenir debout et combattre une injustice. Cette histoire, nous l’avons vu des milliers de fois, mais il semblerait que Kevin Brodbin (Constantine) n’ait jamais visionné l’un de ces longs-métrages.

Pour réussir un film comme The Siege of Jadotville, il nous faut des protagonistes et des antagonistes crédibles. Malheureusement, le film n’a aucun de ces deux éléments cruciaux. D’un côté, l’armée irlandaise a à sa tête un commandant peu crédible qui est incapable d’avoir une véritable stature à l’écran. Même que son bras droit se révèle être un protagoniste plus crédible et plus envoutant. De l’autre côté, les forces ennemies ne sont représentées que par l’équivalent belge de la mascotte de la chaîne de restaurants KFC et que par un légionnaire français qui n’a que trop peu de temps à l’écran. Tous les autres membres importants des deux armées ne sont que des figurants, des figurants incapables d’avoir une véritable émotion ou un simple prénom, des figurants que The Siege of Jadotville n’a aucune envie de développer.

Pire encore, The Siege of Jadotville est un vrai bordel au niveau de sa construction. Puisqu’il n’y a pas de véritable ennemi à combattre, le long-métrage tente de reposer son intrigue sur le fait que Charles de Gaulle était de mèche avec Tshombe et sur le fait sur les têtes dirigeantes de l’ONU étaient des êtres incompétents, incapables de prendre une bonne décision. Mais, puisque The Siege of Jadotville est assez court (1H45, générique inclus), toute cette dimension politique apporte une lourdeur et un poids excessif à ce récit. Surtout que toute cette sous-intrigue est assez inutile et qu’elle retire du temps d’antenne aux véritables héros et méchants de cette bataille qui auraient pu y gagner une meilleure construction.

Car, si l’on revient à la bataille en tant que tel, The Siege of Jadotville est incapable d’offrir un véritable siège en tant que tel. De façon assez grossière, le long-métrage ne fait qu’alterner des séquences de politiques et des séquences d’action, où des africains attaquent en masse avant de repartir la queue entre les jambes. Cette alternance ne permet pas d’instaurer la véritable menace de ces forces internationales. Surtout que la morale qui ressort de ce combat, c’est que ces mercenaires et ces africains sont plutôt incompétents. Car malgré une supériorité numérique massive et de meilleures armes ne datant pas de la seconde guerre mondiale (Contrairement aux Irlandais qui combattaient avec des antiquités…), cette bataille s’est révélée être longue et ardue, avec une issue ne résultant que par un manque de munitions par une ou l’autre de ces parties; et avec cette alternance, The Siege of Jadotville ne fait rien pour calmer cette étrange impression d’échec.

Sur le plan technique, il est clair que ce long-métrage fut tourné avec les moyens du bord. Par-contre, Richie Smyth, un réalisateur de clips musicaux qui obtient ici ses débuts au cinéma, parvient livrer une signature visuelle permettant au film de Netflix de paraître plus riche qu’il ne l’est réellement. Avec cet atout dans la manche, Smyth réussit à créer des scènes d’action assez sympathiques avec un sens du grandiose bien placé. Pour autant, c’est le désert d’Afrique que le réalisateur respecte le plus, car malgré une présence minime, il fait de ce lieu un véritable personnage, avec des émotions créées par la cime menaçante des arbres ou la poussière intrusive engendrée par le sable.

Également, il nous faut noter que The Siege of Jadotville utilise un joli amalgame d’effets numériques et de miniatures qui apportent un côté rétro bien intéressant au long-métrage, un aspect qui s’agence parfaitement avec l’époque où se déroule le récit du film. Néanmoins, là où le film perd des plumes, c’est dans la trame sonore de Joseph Trapanese (Oblivion). Alors que le compositeur est possiblement l’un des bons musiciens d’Hollywood, Trapanese semble avoir réservé des restants de trames sonores pour The Siege of Jadotville. Nous avons constamment l’impression que le compositeur alterne entre une copie du travail d’Hans Zimmer et entre un western mexicain, apportant ainsi une musicalité légèrement étrange à ce divertissement.

Même en ce qui concerne les acteurs, il nous faut être en demie-teinte. Dans le rôle titre, Jamie Dornan (Fifty Shades of Grey) livre une bonne performance, mais il n’a malheureusement pas la stature nécessaire pour tenir le premier rôle d’un film de guerre. En comparaison, Jason O’Mara (Les films animés de DC Comics) est bien plus imposant et bien plus convaincant dans son rôle de soutien. Même chose pour Guillaume Canet (Jeux d’enfants) qui est assez persuasif dans son rôle sous-exploité. Nous émettrons un commentaire identique pour celui qui interprète le bras droit de Canet, un acteur capable de représenter une véritable menace malgré un rôle muet. Pour sa part, Mark Strong (Sherlock Holmes) est assez fade, avec une présence presque effacée et paresseuse.

En tentant d’être à la fois un film de guerre puissant et un film politique avec un fait historique à dévoiler et à dénoncer, The Siege of Jadotville avait un potentiel certain. Néanmoins, sa faible durée et les faiblesses du scénario font en sorte que le film devient une sorte de ragoût cinématographique avec des ingrédients qui fonctionnent pas entre eux. Chaque élément de cette pellicule fait de l’ombre à son voisin et la dualité qui ressort du scénario de Kevin Brodbin devient un poison dans cette adaptation d’un fait historique passionnant. Heureusement, Richie Smyth est là pour sauver le film d’un échec cuisant. Et même si le réalisateur ne brille pas par son talent, il est la raison principale qui fait en sorte que The Siege of Jadotville divertit le moindrement…


Réalisation : Richie Smyth

Scénario : Kevin Brodbin

Avec : Jamie Dornan, Mark Strong, Jason O’Mara, Mikael Persbrandt, Guillaume Canet, Sam Keeley, Michael McElhatton, Amy Louise Wilson, Ronan Raftery, Charlie Kelly

The Siege of Jadotville (2016)
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