Batman (1943)

Résumé : Prince Daka, un espion japonais, dirige une opération sous-couverture localisée dans Gotham City qui tourne les scientifiques américaines en zombies téléguidés.

Critique : 

Dans les années 1910, alors que la télévision n’est que très peu présente dans les foyers américains, les génies d’Hollywood comprirent très rapidement que le format des longs-métrages ne permettaient pas aux scénaristes de raconter des longues épopées. C’est ainsi que fut créé les serials, un possédé consistant à diviser une épopée en plusieurs sections d’une quinzaine de minutes, chaque section étant diffusée en première partie du long-métrage de la semaine à votre cinéma local (Ce qui devint, après plusieurs décennies d’évolution le format télévisuel que l’on connaît aujourd’hui.). C’est dans ce contexte que Batman débarqua pour la première fois sur les écrans nord-américains en 1943…

Bruce Wayne et Dick Grayson, deux agents secrets du gouvernement des États-Unis qui combattent le crime à Gotham City, doivent combattre le Dr. Daka, un espion maléfique japonais dont la quête pour détruire les États-Unis affecte la vie de Linda Page, une bonne amie de monsieur Wayne.

Avant de jeter quelques tomates bien méritées à ce classique des années 40, il nous faut remercier cette mouture de Batman qui a profondément changer la vie du justicier masqué. C’est ce serial qui a inventé un concept de la Batcave (Qui était composé à l’époque d’un bureau au milieu d’une grotte remplie de chauves-souris.), qui a profondément modifié le personnage d’Alfred Pennyworth (Encore de nos jours, il est représenté sous les traits de William Austin, l’acteur interprétant Alfred dans ce serial.) et qui a accidentellement donné naissance au Batman d’Adam West (Les rediffusions populaires de ce serial auraient poussé ABC à produire cette émission de télévision.).

Revenons à ce serial qui est composé de quinze sections d’une quinzaine de minutes (Sauf pour le premier chapitre qui a le double de cette durée.). Chaque chapitre se compose d’une rétrospective de trois minutes du chapitre précédent, d’une courte intrigue d’une dizaine de minutes et d’une scène d’action mettant Batman entre la vie et la mort jusqu’au chapitre suivant (Comme un cliffhanger…). C’est un format qui a des limites, spécialement lorsque nous écoutons ce serial en rafale.

Globalement, l’intrigue du serial suit Batman et Robin alors qu’il combattent Daka, un méchant assez charismatique digne d’un roman de James Bond, même que nous pourrions comparer Daka à une sorte de moule prématuré de Biofield, le plus célèbre des méchants de James Bond. En fait, c’est un mensonge puisque nos deux héros masqués ne font que combattent les hommes de Daka (Qui sont totalement inefficaces dans leur boulot…) ce qui est plutôt dommage en soi puisque Daka avait le potentiel de devenir l’un des grands adversaires de Batman. Étrangement, les scénaristes ont attendu jusqu’au dernier chapitre pour que les deux hommes se rencontrent de façon formelle, reléguant ainsi Daka à un niveau secondaire.

D’ailleurs, le scénario comporte deux autres étrangetés assez notables. D’abord, puisque ce serial a été produit lors de la Deuxième Guerre Mondiale, en «réplique» à l’attaque de Pearl Harbor, nous pouvons sentir une certaine forme de racisme envers les japonais par l’attitude des écrivains et par celle de Batman. Et ensuite, le grand Daka a la capacité de créer des zombies à la force surhumaine, mais il n’utilise jamais ces derniers pour combattre Batman, ce qui est drôlement étrange, surtout que cela lui aurait permis de vaincre facilement les justiciers de Gotham et de détruire les États-Unis par la même occasion…

Techniquement ce Batman fait un peu pitié. Le budget mis à la disposition de ce serial est si minime qu’à l’occasion, il est possible de constater que les capes de Batman et de Robin sont des restants d’imperméables (Les poches des habits sont encore visibles…).  Mais bon, cela apporte un certain charme à l’oeuvre, spécialement lors des phases d’infiltration, où Bruce Wayne se transforme en Chuck White, un petit gangster de la rue portant un faux nez. Même que nous pouvons affirmer que cette version de Batman ressemble à du théâtre d’été, ce qui est plutôt comique.

Ce qualificatif est surtout vrai lors des scènes d’action qui, malgré une certaine chorégraphie, ont des airs de bagarre entre gamins.  Ces scènes sont également un bon prétexte pour vous parler des nombreuses erreurs de réalisation de Batman. Lors des scènes de combats, Robin, habituellement joué par un gamin, est souvent remplacé par un homme mur avec des jambes poilus et il arrive que la cape de Batman disparaisse sans raison. La réalisation de Lambert Hillyer (Dracula’s Daughter) montre également de nombreuses faiblesses alors que les différents plans de caméra sont filmés à différents moments de la journée (Certaines scènes déroulent durant le jour et durant la nuit à cause de cela…) et qu’il fait de nombreux faux-raccords sans raisons apparentes (Comme les mains de Bruce Wayne / Chuck White qui se déplacent constamment lors d’une séquence en prison.). Notons également l’utilisation de miniatures pour certaines séquences plus osées. Même si leurs utilisations sont assez visibles, on appréciera l’effort mis pour nous donner l’illusion que nous ne sommes pas en train de regarder des jouets.

C’est Lee Zahler (The Three Musketeers) qui signe la musique de Batman. Son travail n’arrive pas à la cheville de ceux qui vont le remplacer dans les adaptations modernes (Danny Elfman, Elliot Goldenthal et Hans Zimmer), mais Lee Zahler parvient quand même à capturer l’essence du personnage titre et à créer des musiques qui sont impossible à oublier, comme un ver d’oreille.

Lewis Wilson (Wild Women) joue Bruce Wayne / Batman avec beaucoup de conviction, alors qu’il s’éclate réellement à jouer Bruce Wayne. Malheureusement, son interprétation de Batman manque un peu de conviction. Douglas Croft (The Pride of the Yankees) joue Dick Grayson / Robin assez fadement, même chose pour Shirley Patterson (It! The Terror from Beyond Space) dont le rôle de Linda Page est assez inutile. J. Carrol Naish (Annie get your Gun) offre une performance remarquable en tant que le grand méchant de ce serial. Néanmoins, puisque Daka est supposément un Japonais, il est dommage que la production n’ait pas pensé à engager un acteur asiatique, puisque J. Carrol Naish, avec toute la bonne volonté du monde, est incapable de parler avec un accent japonais, se contenant de parler avec l’accent d’un italien congestionné. Pour sa part, William Austin (Alice in Wonderland) est délectable dans le rôle d’Aflred, changeant à jamais les traits d’un personnage notoire de la franchise Batman.

Batman est un mauvais divertissement, mais l’impact qu’il aura eu sur le personnage de Batman nous force d’avoir un peu de respect pour cette oeuvre. Surtout que lorsqu’on débute ce serial, on le dévore et il nous est impossible d’arrêter. C’est d’autant plus dommage que cette version de Batman reste assez méconnue par le public en général et par les «Batfans»…


Réalisation : Lambert Hillyer

Scénario : Victor McLeod, Leslie Swabacker, Harry L. Fraser

Avec : Lewis Wilson, Douglas Croft, J. Carrol Naish, Shirley Patterson, William Austin, George J. Lewis, Charles Middleton

A propos de Michaël Michaud 447 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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