Beasts of No Nation (2015)

Résumé : Lorsque la guerre civile déchire sa famille, un jeune garçon d’Afrique de l’Ouest est forcé de rejoindre une unité de combattants mercenaires et de se transformer en un enfant soldat.

Critique : 

Les longs-métrages centrés sur la guerre en Afrique offrent une perspective sur un des grands drames de la Terre, un drame que les terriens tentent désespérément d’oublier. Black November, Blood DiamondMachine Gun PreacherShake Hands with the Devil et Tears of the Sun sont tous des bons exemples de ce sous-genre qui nous apporte un ou deux bons films chaque année au paysage cinématographique québécois. En cette période où sortent les longs-métrages pressentis aux OscarsBeasts of No Nation débarque sur Netflix et offre une alternative supplémentaire à un automne fort chargé en sorties cinématographiques.

Agu, un gamin vivant paisiblement au milieu d’un village entouré par la Guerre Civile. Lorsque des soldats du gouvernement tuent sa famille, Agu s’enfuit dans la jungle où il sera récupéré par un homme mystérieux, qui le force à rejoindre son armée de combattants rebelles. Plongé au centre de cette guerre, Agu deviendra peu à peu un soldat impitoyable…

Parler de la guerre représente un défit assez dur, spécialement dans le cinéma contemporain où les nombreuses tentatives d’y parvenir sont parfois marquées par la diabolisation inutile de l’un des nombreux clans ou par un certain excès de patriotisme. Dans Beasts of No Nation, Cary Joji Fukunaga évite habilement ces pièges en offrant une épopée épique où la morale principale que le réalisateur / scénariste tente de divulguer va comme suit : Peu importe l’angle avec lequel nous regardons la guerre, il n’y aura jamais de fin heureuse.

C’est avec cette réalité que Beasts of No Nation débute en racontant le périple d’Agu et en centrant la narration exclusivement sur ce personnage, des raisons qui le poussent à se battre (Le souvenir d’une famille en partie morte, en partie dispersée à l’autre bout d’un pays dont le nom n’est jamais mentionné durant le long-métrage.) jusqu’à la fin de sa guerre. Dans ce parcours, nous suivrons également les destinées de Strika, un jeune soldat muet, et du Commandant, qui transforme les enfants de cette unité en machines à tuer. Ce qui est d’ailleurs surprenant avec le texte de Fukunaga (Inspiré d’un roman d’Uzodinma Iweala), c’est qu’il est parvenu à rendre le personnage du Commandant crédible, avec une folie qui a un certain sens, nous donnant presque l’envie de l’encourager dans sa folie guerrière.

Cette proximité avec ce trio de personnages parvient à accentuer l’immersion dans le récit, alors que certains thèmes comme la corruption des forces en présence ou la possible implication d’un pays asiatique se sont que frôlés en vitesse. Cette immersion alimente même le sentiment de réalisme profond qu’adopte le récit de Fukunaga ce qui nous force à prendre conscience des nombreuses différences entre notre monde (Où nous sommes constamment assis devant nos écrans plats.) et le monde d’Agu (Qui tente de vendre une télévision imaginaire pour quelques dollars.). Néanmoins, le scénario de Beasts of No Nation souffre de la longueur de son récit, créant quelque temps morts lors du premier et du dernier acte qui peuvent paraître plus ennuyeux pour les spectateurs du dimanche.

Derrière la caméra, Fukunaga fait un travail remarquable, n’ayant aucunement peur du sujet qu’il aborde ou de la censure que pourrait subir sa pellicule. Le réalisateur démontre notamment l’étendue de son talent lors de quelques scènes clés comme lors d’un petit plan séquence montrant les hommes du Commandant prendre d’assaut une maison, une scène qui se termine par un meurtre et un viol, ou lors de la dernière scène entre Agu et le Commandant, qui comporte une certaine puissance émotive.

Par un concours de circonstances assez étrange, Fukunaga signe également la direction de la photographique (Pour l’anecdote, l’homme engagé pour ce poste se blessa, ce qui obligea Fukunaga à le remplacer en vitesse.). Et il faut dire que ce n’est aucunement un problème, puisque Fukunaga effectue un boulot remarque dans ce domaine, offrant même quelques moments de génie, comme lors de la séquence où l’univers entourant les personnages devient magiquement rouge ou lors d’une attaque aux missiles la nuit où le seul éclairage ambiant de cette scène provient des éclats de ces munitions. Notons également la trame sonore de Dan Romer (Beasts of the Southern Wild) qui accompagne parfaitement les chants «tribaux» des enfants soldats avec des notes subtiles, mais chargées en émotions.

Abraham Attah supporte littéralement le film sur ses épaules, en offrant une performance magnifique. Il est impressionnant pour son jeune âge et nous espérons sincèrement qu’il continue à jouer dans d’autres longs-métrages importants dans les années à venir. Même chose pour Emmanuel Nii Adom Quaye, qui a en plus la difficulté de jouer Strika, un personnage assez muet. Seul acteur connu de cette production, Idris Elba (Pacific Rim) joue avec brio le Commandant, un personnage qui pourrait bien lui mériter un Oscar. Le reste de la distribution est composé principalement d’anciens enfants soldats et d’habitants locaux qui font tous du bon travail dans leurs rôles respectifs.

Beasts of No Nation est un long-métrage assez difficile à visionner. Il montre avec violence le quotidien de certains enfants africains et il n’a pas peur d’exploiter son sujet à fond. Même si visionner Beasts of No Nation risque de vous déprimer pour le reste de la journée, c’est un long-métrage que nous recommandons grandement et se place au même niveau que les classiques de ce sous-genre cinématographique. Il nous reste tout simplement à voir, dans les mois qui suivent, si sa distribution via la plateforme Netflix minera ses chances de remporter un trophée dans la mythique cérémonie des Oscars


Réalisation : Cary Joji Fukunaga

Scénario : Cary Joji Fukunaga

Avec : Abraham Attah, Idris Elba, Ama K. Abebrese, Kobina Amissa-Sam, Emmanuel Nii Adom Quaye, Grace Nortey, David Dontoh, Opeyemi Fagbohungbe

Beasts of Nno Nation (2015)
4.5

En conclusion

Porté par le talent des acteurs principaux et par le génie de Fukunaga, Beasts of No Nation est définitivement l’un des meilleurs films de 2015.

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Écrit par Michaël Michaud

Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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