Criminal (2016)

Résumé : Dans un effort désespéré d’empêcher un plan diabolique, les mémoires, secrets et aptitudes d’un agent mort de la CIA sont implantés dans le cerveau d’un condamné à mort, dans l’espoir qu’il pourra compléter la mission de l’agent décédé.

Critique : 

C’est assez frustrant lorsque l’on visionne une bande-annonce qui ne représente aucunement le film qu’il tente de vendre. Criminal a malheureusement ce petit problème dans la mesure où il fut présenté comme étant le prochain Taken, avec une intrigue digne de Face/Off ou de Self/less et un méchant terroriste digne du cinéma hollywoodien des années 80. Heureusement, Criminal est en fait un thriller existentiel sur un détenu handicapé en cavale qui tente de voler un sac rempli d’argent…

Billy Pope est un agent de la CIA ayant établi un contact avec un pirate informatique capable de pirater toutes les installations militaires des États-Unis. Lorsque Pope est torturé et tué par un terroriste anarchique, la CIA demande l’aide d’un scientifique pour implanter la mémoire de Pope dans le corps d’un parfait inconnu. Le candidat choisi se nomme Jericho Stewart et il est un détenu handicapé, incapable de ressentir la moindre émotion et incapable d’établir le moindre contact humain. Même s’il semblait être le candidat parfait, Jericho n’a qu’une seule idée en tête : s’évader de la CIA afin de retrouver un sac d’argent, qui était entre les mains de Pope quelques instants avant sa mort. Malheureusement pour le criminel, les souvenirs de Pope commencent à refaire surface et à modifier sa personnalité…

Et pourtant, le fait que Criminal se concentre plus à être un petit thriller de seconde zone se révèle être l’élément sauveur du long-métrage. Si l’on se focalise uniquement sur l’aspect action du long-métrage, Criminal est un film assez ennuyeux avec une histoire ressemblant beaucoup aux films d’action sortant directement en VHS dans les années 90. Criminal ne fait rien pour nous surprendre et il traite ce point scénaristique avec une paresse si flagrante que le film en devient presque ennuyeux. Pire encore, si le long-métrage se concentrait uniquement sur son personnage principal et sur son côté science-fiction, nous aurions possiblement l’un des bons films de l’année 2016.

Oui car le personnage de Criminal, Jericho Stewart, est un détenu qui, après des dommages cérébraux, se comporte comme un enfant de 50 ans qui aurait passé toute sa vie dans une cage. Pire encore, il ne ressent aucune émotion et il est incapable de discerner le bien du mal. Nous avons ici un héros atypique pour le cinéma d’action, puisque le personnage principal a plus de ressemblances avec Jason Voorhess (Friday the 13TH) qu’avec les John McClane de ce monde. Regarder cet être qui tente d’interagir avec la population londonienne et qui est tiraillé entre la sauvagerie de son caractère et la civilité de Billy Pope représentent les seuls divertissements de ce long-métrage. Lorsque Criminal puise dans ce matériel, il nous offre des moments d’anthologie comme, à titre d’exemple, la fameuse séquence où Jericho entre par effraction dans la maison de Pope et y vit un profond dilemme intérieur, tandis qu’il hésite entre voler cette mère de famille, tuer cette dernière, la violer ou l’aimer elle et sa fille.

Malheureusement, comme mentionné plus haut, lorsque Criminal puise dans les éléments qui font de lui un divertissement musclé, il perd grandement en qualité. D’un côté nous avons l’éternel terroriste révolutionnaire qui tente de faire de la planète un monde meilleur, mais qui n’a pas suffisamment de présence à l’écran pour en faire un vilain crédible et efficace. De plus, il est assez dommage que tous les personnages du long-métrage soient détestables. Avec un personnage principal digne des pires brutes du cinéma, Criminal s’entête à mettre de l’avant les terroristes (Qui tentent constamment de tuer et / ou de capturer Jericho.), un agent de la CIA (Qui tente constamment de tuer et / ou de capturer Jericho pour des raisons parfois confuses), un gamin détestable capable de détruire le monde avec son portable et la femme de Billy Pope (Qui est une femme forte qui souhaite également tuer Jericho dans une certaine mesure…).

Ce qui fait qu’aucun des personnages ne mérite notre soutien émotif puisqu’ils sont tous, jusqu’à un certain point, des salopards. Il y a certes le bon vieux docteur responsable du transfert des souvenirs de l’agent de la CIA dans Jericho, mais ce dernier disparait assez rapidement dans le fil de l’histoire. Et il nous faut revenir brièvement sur la femme de Billy Pope, qui passe pathétiquement de femme forte à demoiselle en détresse pratiquement amoureuse du premier détenu qui entre dans sa vie et qui l’attache aux barreaux de son lit. Si c’était de la nostalgie ou de l’amour pour son ancien mari, cela aurait plausible, mais ici, ce n’est qu’une façon bâclée d’offrir une conclusion horrible à un personnage secondaire…

À cela, il nous faut ajouter la direction d’Ariel Vromen (The Iceman) qui est assez problématique. Le réalisateur est capable de grandes choses, surtout lors des séquences plus émotives ou perturbantes de Criminal. Néanmoins, lors des séquences d’action, nous pouvons sentir un certain manque d’énergie qui est principalement causé par le désir inconscient du réalisateur d’imiter les multiples copies de Taken qui poussent à Hollywood depuis des années. Cependant sa plus grande erreur fut d’être incapable de créer un climat de tension. Criminal est centré sur la possibilité que des terroristes puissent contrôler toutes les armes nucléaires des États-Unis. Même qu’à quelques moments des missiles sont lancés et nous avons aussi des décomptes annonçant le lancement de ces missiles. Et pourtant, le réalisateur traite ce sujet en toute légèreté, comme si cela était en réalité le dernier des soucis de ses personnages.

Aussi, le montage de Criminal pose problème car il ne sait pas comment insérer les nombreux flashbacks montant Billy Pope et sa famille en pleine ébullition amoureuse. Parfois ces derniers s’insèrent parfaitement dans le long-métrage, à d’autres moments ils arrivent comme des cheveux sur de la soupe, en nous sortant complétement au film scénaristique de l’histoire. Glissons également un mot rapide sur la trame sonore de Keith Power (The Avengers: Age of Ultron) et de Brian Tyler (Iron Man 3)  qui offre une trame sonore assez conventionnelle qui est néanmoins capable de vous soutirer quelques larmes lors de moments clés du troisième acte.

Pour ce qui est du casting, nous pouvons affirmer que Criminal est composé d’un casting cinq étoiles. En tête d’affiche, Kevin Costner (Dances with Wolves) s’éclate comme un petit fou en offrant une performance remarquable et mémorable. Nous pourrions presque dire que Criminal est l’un de ses meilleurs rôles depuis quelques années. Par-contre, nous ne pouvons pas dire la même chose de Gary Oldman (The Dark Knight) et de Tommy Lee Jones (Men in Black) qui sont un peu en pilotage automatique. De plus, en tenant compte du scénario entre ses mains, Jordi Mollà (Bad Boys 2) s’en tire plutôt bien dans le rôle du méchant de service, tout comme Gal Gadot (Batman v Superman: Dawn of Justice) et Michael Pitt (Funny Games) dans leurs rôles respectifs. Scott Adkins (The Expendables 2) et Ryan Reynolds (Deadpool) sont également présents dans des rôles secondaires. Notons aussi les présences d’Amaury Nolasco (Prison Break) et d’Alice Eve (Star Trek: Into Darkness) qui ont des rôles de figuration dans ce long-métrage.

Criminal n’est pas clairement pas le long-métrage de l’année. Dans le meilleur des cas, il saura vous divertir durant une après-midi pluvieuse. La raison de ce constat est assez simple : Il tente de prendre un concept digne d’un bon long-métrage de science-fiction et il tente de l’appliquer à la sauce Taken. Cela fait en sorte que le film est constamment coincé entre deux chaises; entre son désir d’explorer un personnage qui grogne au public et son envie de dégommer du terroriste. Et, si vous aimez mieux : cela fait de Criminal, une belle opportunité ratée…


Réalisation : Ariel Vromen

Scénario : Douglas Cook, David Weisberg

Avec : Kevin Costner, Gary Oldman, Tommy Lee Jones, Jordi Mollà, Gal Gadot, Michael Pitt, Amaury Nolasco, Alice Eve, Antje Traue, Scott Adkins, Lara Decaro, Ryan Reynolds

A propos de Michaël Michaud 510 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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