Bon Cop Bad Cop 2 (2017)

Résumé : Un policier québécois et un policier canadien doivent refaire équipe pour enquêter sur un large trafic de voitures volées dirigé par un mafieux italien.

Critique :

J’ai découvert Bon Cop Bad Cop, premier du nom, en retard, plusieurs mois après la sortie du long-métrage en DVD, lors d’une vente à rabais, il me semble. Sans être parfait, j’ai constaté (et je constate toujours…) que BCBC est possiblement mon film québécois préféré. Cette année, Patrick Huard est de retour avec une suite qu’il a également coécrite; une suite qui se déroule dix ans après les événements du premier film. Il ne restait qu’à voir si Huard serait capable de reproduire la magie de Bon Cop Bad Cop

David Bouchard vole une voiture durant un événement underground afin de la rapporter à son employeur, un certain Sylvio Dipietro. Après son arrivée à sa planque, une unité de la GRC, menée par son ancien coéquipier Martin Ward, prend d’assaut les lieux. Contrait par Ward, Bouchard lui annonce qu’il est maintenant un policier sous-couverture tentant de démanteler le trafic de Dipietro. Alors que les enjeux deviennent plus importants, Ward et Bouchard devront retrouver leur génie d’antan et affronter l’incompétence des forces policières américaines.

Bien que cette critique de Bon Cop Bad Cop 2 risque de sembler assez sévère, il reste que ce long-métrage n’est pas mauvais en soi. Il y a simplement quelques correctifs à apporter. Il suffit de regarder la structure narrative pour constater que cette suite est à mille lieues de son aîné. L’un est un «buddy-cop» dans la pure tradition de cette formule hollywoodienne; tandis que l’autre est un film policier essentiellement centré sur le personnage de Bouchard. Et oui, vous avez bien lu. Contrairement à ce que toutes les infos sur le film laissent présager, nos deux héros font rarement équipe, dans une nouvelle dynamique facilement comparable à celle de Beverly Hills Cop 3. Le véritable héros est sur le terrain tandis que l’autre reste en retrait, sauf pour les moments critiques. Sans dire à voix haute que cela est causé par le fait que Patrick Huard est le scénariste de Bon Cop Bad Cop 2, nous allons tout de même le penser.

Heureusement, sans être un problème en soi, il reste que le point mentionné ci-haut est une légèrement déception. Une déception plus grande provient du fait que Bon Cop Bad Cop 2 touche rarement la cible avec son humour. Oui, il est évident que plusieurs personnes vont éclater de rire en visionnant le film. Néanmoins, Bon Cop Bad Cop 2 gagne en fluidité si nous le prenons comme un film d’action sérieux avec une touche d’humour, au lieu de le prendre comme une comédie policière. À l’opposé du premier qui contenant plusieurs scènes hilarantes, la suite ne peut compter que sur une scène mémorable – une scène d’interrogatoire jouissive dans un garage – pour faire rire avec efficacité. En construisant des vies familiales et professionnelles plus austères et en ajoutant dix années aux parcours des deux personnages principaux de la franchise, le long-métrage amène beaucoup de sérieux à son histoire, ainsi que plusieurs larmes potentielles chez son spectateur.

Mais attention, cela ne veut pas dire que Bon Cop Bad Cop 2 a une mauvaise histoire en soi. Le scénario de Patrick Huard maintient les différences culturelles canadiennes exprimées par son aîné tout en consolidant ces dernières, sans pour autant les mettre en avant plan. À la place, c’est une critique au second degré des États-Unis que nous livre Huard, une critique toute aussi excellente bien qu’elle risque de moins toucher le peuple canadien. Aussi, il nous faut lancer des fleurs au film pour ne pas oublier ses personnages secondaires du premier BCDC, qui ont presque tous des rôles plus secondaires, intéressants pour la plupart. Le véritable problème de Bon Cop Bad Cop 2 se situe par contre dans son troisième acte.

Le scénario commet deux erreurs fatales qui sont les seules choses qui m’ont empêché de pleinement profiter de Bon Cop Bad Cop 2. D’abord, le film décide d’introduire deux revirements de situations, en créant une sorte de parabole étrange en sortant un nouveau méchant de dernière minute de son chapeau et en insérant un personnage secondaire de façon aléatoire pour pimenter le danger que doivent affronter nos héros. Ces deux tentatives ratent la cible, apportant plus de confusion au passage. Ensuite, Bon Cop Bad Cop 2 commet une série d’incohérences dans l’exécution de sa scène d’action finale, alors que pour résoudre un problème, un des personnages principaux décide de faire cavalier seul et que l’autre crée un problème plus grand en tentant d’apporter une solution à un pépin qui n’existe même pas en réalité. Et le pire, ce passage n’est, en réalité, qu’une façon détournée pour introduire un placement de produit pour une compagnie d’équipements lourds…

Sur le plan technique, nous pouvons clairement sentir une amélioration nette entre les deux volets de la populaire franchise. Malgré tout le respect que j’ai pour Éric Canuel (Le Dernier Tunnel), il s’avère que Alain Desrochers (Nitro) est un bien meilleur réalisateur d’action. Desrochers rivalise même s’ingéniosité à certains moments, parvenant à faire des choses qu’Hollywood est incapable de concevoir avec un budget semblable. Tout le reste de l’aspect technique acquiert également une nette amélioration, grâce à un montage efficace et à une direction photographie de grande qualité. L’aspect musical jouit du même traitement, alors que la conjointe de Patrick Huard, la chanteuse Anik Jean, a composé une trame sonore efficace, qui met de l’avant l’une des meilleures chansons de 2017.

Patrick Huard (Les Boys) et Colm Feore (Thor) reprennent avec brio leurs rôles respectifs, supportant le long-métrage sur leurs épaules. Nous ne pouvons pas dire de même des méchants de l’histoire, Noam Jenkins (Watch Dogs) et Marc Beaupré (Série Noire), qui sont assez en retrait avec des présences assez secondaires. Notons également que l’humoriste Mariana Mazza y trouve son premier rôle à l’écran, en jouant une technicienne informatique de la police fédérale. Malgré un personnage énervant et exécrable, Mazza prouve qu’elle peut être une bonne actrice, elle qui sera également dans l’autre film d’action québécois de l’été, De Père en Flic 2.

Bon Cop Bad Cop 2 n’est pas le film que les admirateurs attendaient. Pour compenser, Patrick Huard tente de créer un produit plus mature et plus émotionnel. Une tâche qu’il parvient amplement à réussir à l’exception du troisième tiers qui transporte BCBC2 aux portes de Nanarland. Espérons seulement qu’il ne faudra pas plus d’une décennie pour qu’un éventuel troisième volet démarre dans nos salles de cinéma…


Réalisation : Alain Desrochers

Scénario : Patrick Huard

Avec : Patrick Huard, Colm Feore, Sarah-Jeanne Labrosse, Erik Knudsen, Noam Jenkins, Mariana Mazza, John Moore

A propos de Michaël Michaud 369 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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