Keanu (2016)

Résumé : Des amis tentent de récupérer un chaton volé en devenant des trafiquants de drogue pour un gang de rue.

Critique : 

Dans le paysage cinématographique québécois, il y a quelques studios que l’on pourrait qualifier de paresseux. C’est le cas de Warner Brothers qui, pour des raisons financières sûrement valables, décide souvent de distribuer leurs films au Québec sans leur donner un doublage en français. Ce qui fait que des grosses productions comme The Water Diviner, Inherent Vice ou Max ne parviennent pas à rejoindre les gens de notre belle province et restent coincés dans les deux métropoles, trônant sur quelques écrans tout au plus. Ce fut le cas de Keanu, une comédie d’action qui n’a pu se mériter qu’une sortie en Blu-ray / DVD toute discrète…

À l’intérieur d’une église quelconque, deux tueurs à gages attaquent une organisation criminelle et tuent tous ses membres avant de s’amouracher d’un petit chaton. La police débarque sur les lieux et le chaton s’enfuit jusqu’à la porte de Rell Williams, un homme en peine d’amour. Ce dernier adopte rapidement l’animal et se met à l’aimer tendrement jusqu’au jour où un gang de rue entre par effraction chez lui et kidnappe ledit chat. Avec l’aide de son cousin, Rell infiltra l’organisation criminelle à la recherche de son animal domestique, mais ils sont loin de se douter qu’ils ne sont pas les seuls à la recherche de ce chat.

Keanu ne méritait pas une vulgaire sortie en DVD pour le grand Québec, tandis que le reste du Canada avait la chance de découvrir ce long-métrage, l’été dernier, sur grand écran. Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que nous avons ici un long-métrage parfait. Keanu offre un bon 90 minutes de divertissement axé sur une histoire que le moindre des mortels pourrait considérer comme une réécriture parodique de John Wick. Jusqu’à un certain point, cela est véridique, sauf que le film est en question est une énorme lettre d’amour au cinéma. Certes, Keanu vise plus spécifiquement le cinéma de Warner Brothers (Matrix, New Jack City…), mais il reste un hommage sympathique au septième art.

Le film nous raconte principalement les aventures de deux gars qui s’improvisent criminels. Et nous retrouvons dans la structure de l’œuvre le principal défaut de Keanu car le long-métrage jouit d’une trame narrative en escalier. Plutôt que de suivre une virée chaotique dans le monde illégal, nous avons ici un scénario construit en forme d’escalier. Nous suivons les héros à leur domicile, puis à dans un bar, puisque à une maison, puis dans un bar et finalement dans une maison. Croyez-le ou non, mais c’est un résumé grossier de l’entièreté du fin, d’un générique à l’autre. Et les séparations entre ces sections sont parfois si brusques que nous avons parfois l’impression d’assister à un pur montage. Tandis que chaque moment semble plus décalé que l’autre… En fait, Keanu se compare simplement à un montage de courts-métrages, certains sont hilarants, d’autres sont ennuyeux; mais ils font tous avancer l’intrigue du film dans la même direction.

Aussi, Keanu a la fâcheuse habitude d’être prévisible dans la mesure où il nous donne des informations aléatoires (Comme le fait qu’un personnage n’a pas de permis de conduire.) de façons si peu subtiles que nous savons immédiatement que ces choses seront cruciales à un moment donné. Durant ces moments, nous avons l’impression que le film se comporte comme un ami qui tente subtilement de chuchoter à voix haute une information secrète, comme s’il ne savait être discret dans l’expédition de ses propos. Mais, cela ne veut pas dire que Keanu est un film ennuyeux. Car, rappelons-nous que le film a plusieurs cartes dans sa manche et qu’il délivre plusieurs gags réussis et hilarants. Nous pouvons principalement noter l’amour que porte les scénaristes envers un populaire chanteur des années 80, ce qui nous permet d’avoir quelques rires biens gras durant un livraison de drogue. De plus, Keanu a dans sa manche quelques caméos crédités et non-crédités qui apportent également de l’énergie au long-métrage; rendant imprévisibles des situations qui seraient habituellement ennuyeuses.

Derrière la caméra, Peter Atencio (Jean-Claude Van Johnson) démontre une pleine maitrise des deux genres cinématographiques du film, la comédie et l’action. Le réalisateur sait comment balancer ces deux éléments pour créer une dynamique qui semble sur le papier être parfaite. En fait, cette dynamique serait parfaite si ce n’était du scénario et du montage qui délivrent l’aspect saccadé de Keanu que nous avons mentionné plus haut. Et pour soutenir un autre fait précédemment mentionné, nous pouvons sentir chez Atencio un amour énorme pour le cinéma, un amour qui se ressent avec la passion que l’homme semble mettre en ce projet. De plus, le réalisateur a été capable de rendre le chat de l’histoire adorable, faisant de ce petit animal une vedette à part entière. Lorsque la boule de poil est à l’écran, nous sommes incapable de détourner du regard cette petite bête. Et oui, le réalisateur parvient à nous faire verser quelques larmes…

Par-contre, il nous faut vous parler des effets numériques de Keanu qui laissent un peu à désirer, tant les gicles de sang que les écrans verts. Il est dommage qu’un long-métrage d’une telle envergure n’ait pas pris le temps de peaufiner cet aspect. Par-contre, il nous est impossible de dire si le chaton présent dans des séquences d’action est un véritable animal ou une animation par ordinateur, ce qui est une bonne chose. Enfin nous croyons… Sinon, la trame sonore de Keanu offre quelques bonnes notes, supportant avec brio la trame narrative. Et, l’abondance des chansons phares de la musicographie de George Michael aide également cette cause…

Interprétant les rôles titres, les vedettes de l’émission Key and Peele (Jordan Peele et Keegan-Michael Key) ont une belle chimie et livrent de bonnes performances qui ont le mérite d’être efficaces à défaut d’être subtiles. Method Man continue à assurer dans le rôle d’un méchant gangster, un rôle qu’il a déjà interprété dans le passé, comme dans Sinners and Saints. Pour sa part, Tiffanu Haddish (The Carmichael Show) est assez faible et fade dans un rôle de soutien assez important. Notons également les caméos crédités de Will Forte (The Lego Movie)Luis Guzmán (Boogie Nights), Nia Long (Friday) et de Keanu Reeves (The Matrix).

Certes, nous ne sommes pas en face d’un grand film. En fait, Keanu est tout simplement un numéro comique digne de Saturday Night Live qui étire la sauce pendant 90 minutes. En parvenant à offrir un film amusant, Keanu a malheureusement oublié qu’il était important d’offrir une trame narrative logique qui n’est pas constituée d’une série de courts-métrages. Mais, si je prends en considération le fait que je suis entré dans ce délire félin avec aucunes attentes, je suis simplement content d’avoir vécu un bon moment de cinéma et d’avoir assisté aux mésaventures du plus beau chaton au monde…


Réalisation : Peter Atencio

Scénario : Jordan Peele, Alex Rubens

Avec : Jordan Peele, Keegan-Michael Key, Tiffany Haddish, Method Man, Darrell Britt-Gibson, Jason Mitchell, Jamar Malachi Neighbors, Luis Guzmán, Will Forte, Nia Long, Keanu Reeves

A propos de Michaël Michaud 447 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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