Suicide Squad (2016)

Résumé : Une agence secrète américaine recrute des super-criminels emprisonnés afin d’exécuter des missions dangereuses en échange d’une possible libération.

Critique : 

Il me faut admettre dès le départ que durant mon enfance, j’étais un lecteur assidu des bandes-dessinées de Marvel. Mais, c’est en découvrant sur le tard Batman: The Animated Series et Batman: Beyond que mon intérêt pour l’univers de DC Comics s’est développé. Pire encore : Les seules bandes-dessinées de DC Comics que j’aie lu, mis à part quelques comics en noir et blanc de Flash, furent des BD de Suicide Squad. Alors, le fait de voir la seule franchise de DC Comics dont je suis «expert» être adapté au cinéma devrait me réjouir non?

 

Avec la mort de Superman, Amanda Waller voit l’opportunité de monter un escadron suicide, utilisant des criminels afin de défendre les intérêts de la nation. Et puisqu’ils ont des bombes à la base de leurs cous, ces derniers sont forcés de participer à cet exercice, pour éviter de voir leur tête exploser en mille morceaux. Mais lorsque la petite-amie de Rick Flag, soldat à la solde de Waller, prend d’assaut National City pour y construire un portail / une super-arme, le gouvernement des États-Unis y envoie l’escadron suicide pour leur première véritable mission…

Oui, le développement de Suicide Squad se fit dans la tourmente… Si d’un côté, nous regrettons que le développement de ce long-métrage ait grandement affecté la série américaine Arrow (Où les membres du Suicide Squad apparaissaient en personnages secondaires.), de l’autre nous pouvons sentir que Suicide Squad n’est qu’une vaine tentative pour Warner Brothers de surfer sur la vague de Guardians of the Galaxy. Après avoir visionné Suicide Squad, nous pouvons affirmer que c’est ce deuxième point qui fait le plus mal dans la mesure où nous avons entre les mains un beau foutoir.

Dès les premières minutes du film, les griffes de Warner Brothers se font sentir (Comme dans le cas de Batman v Superman: Dawn of Justice, il existerait deux versions de Suicide Squad…) alors que nous sommes devant un divertissement en pleine crise existentielle. Le long-métrage que nous avons devant les yeux ne sait pas s’il doit être une comédie ou un drame. Lorsqu’il tente d’être drôle, l’humour tombe à plat car il semble forcé. Mais paradoxalement, il est incapable d’être sérieux puisque l’histoire du film est si saccadée et peu originale que nous avons parfois l’impression d’assister à une production The Asylum, en termes de narration.

Sans rien vous dévoiler de majeur, la menace de Suicide Squad est composée de zombies et d’un genre portail qui pourrait détruire la planète. Au delà du fait que ce type de péril aurait sûrement attiré les Batman et les Flash de ce monde (Il faut croire qu’ils étaient en congé maladie…), le fait d’opposer l’escadron suicide à un portail / une super-arme représente un sérieux manque d’inspiration. Dans les dernières années, un nombre impressionnant de productions hollywoodiennes ont traité ce sujet  avec plus d’efficacité et avec un déroulement plus logique (Nous parlons ici de The Avengers, d’Avengers: Age of Ultron, de Ghostbusters, de Fantastic Four, de TMNT, de TMNT: Out of the Shadows, de Pixels…).

Mais qu’importe car le plus grand problème de Suicide Squad se trouve dans la guerre perpétuelle entre David Ayer et Warner Brothers. Une guerre qui apporte un lot important d’incohérences et de drôleries, comme des personnages qui disparaissent de l’écran ou des personnages qui se soignent magiquement. Une guerre qui crée la pire séquence d’ouverture de l’histoire d’Hollywood, alors qu’on nous balance à la figure des montages d’introduction pour chaque personnage important du film et des introductions supplémentaires pour les personnages encore plus importants de l’intrigue. D’entrée de jeu, cette supercherie nous fait perdre le fil narratif du premier acte du long-métrage et lorsque l’intrigue démarre enfin, c’est pour nous donner une histoire déjà vue des centaines de fois. Et même là, le temps perdu par cette pénible introduction revient hanter Suicide Squad qui n’a pas le temps d’étoffer son intrigue, qui ressort comme «blablabla zombies blablabla scène de bar blablabla dieu-plante blablabla sorcière qui fait une danse du ventre». Entre deux hordes de zombies, nous avons constamment l’impression d’assister à un combat viscéral entre le long-métrage de David Ayer et celui de Warner Brothers, tandis que les deux films se battent pour obtenir du temps d’antenne sans réellement réussir.

Néanmoins, ce qui sauve Suicide Squad du même désastre que Fantastic Four, c’est les personnages du long-métrage, qui forment un ensemble de protagonistes plutôt géniaux. Même s’il ne donne pas à ces derniers le moindre développement, le film nous propose des personnages uniques et grandement divertissants qui ont le potentiel de générer le prochain Deadpool ou Guardians of the Galaxy. Même si pour des raisons évidentes cela n’arrive jamais, il reste que Suicide Squad est assez rafraichissant sur ce point, tant avec la chimie palpable entre Harley Quinn et Deadshot, ou avec le passé torturé de Diablo. Néanmoins, les fans du Joker seront déçus par ce film qui ne laisse que peu de place au prince du crime. En réalité, le Joker n’est présent que pour quelques minutes, dans une sorte de caméo allongé complètement inutile à l’intrigue. Et dire que selon les propos de son interprète, il aurait assez de matériel coupé au montage sur ce personnage, qu’il serait possible de faire un film uniquement centré sur le Joker…

Revenons sur le montage, car il est réellement la plaie de Suicide Squad. Nous avons presque l’impression que quelqu’un a mis le feu aux plans de caméra de David Ayer et qu’il a tenté de faire un film cohérent avec les morceaux survivants. Le long-métrage change constamment de ton, à un point tel que nous avons l’impression que le long-métrage manque de fluidité. Il est impossible de ne pas noter que des morceaux de scènes sont absents. Parfois, des personnages quittent l’écran et y reviennent sans aucune explication. D’autres fois, des personnages guérissent miraculeusement de leurs blessures. Pire encore, les personnages de Killer Croc et de Katana sont aussi utiles que des plantes et les méchants du film ne sont aucunement exploités, à un point tel qu’il est encore aujourd’hui difficile de comprendre les intentions des deux méchants du long-métrage.

La réalisation dans son ensemble pose également un problème. Malgré les bonnes volontés de David Ayer (Fury), Suicide Squad est un long-métrage mal filmé, surtout que le réalisateur offre un travail assez conventionnel que tous les réalisateurs d’Hollywood pourrait accomplir. Les scènes d’action sont, par le fait même, assez quelconque car malgré une excellente séquence avec Deadshot, les moments musclés du film ne brillent pas d’originalité. Ce qui est d’autant plus frustrant puisque les scènes d’action sont coordonnées par la légende du cinéma d’action des années 80 / 90 Richard Norton et qu’elles sont dirigées par le culte Guy Norris (La franchise Mad Max), deux valeurs sûres d’Hollywood. Mais ce n’est rien si l’on tient compte du fait que toute l’action du film se déroule à la noirceur ou sous la pluie, deux éléments qui amplifient grandement les problèmes créés par le montage bordélique. Aussi, les effets spéciaux du film sont assez ridicules, notamment lors du combat final digne d’un mauvais nanar, et qui n’a aucune once de crédibilité…

Comme si ce n’était pas assez, la trame sonore de Suicide Squad est également problématique. Dans une vaine tentative d’imiter quelques films populaires, Suicide Squad ne cesse constamment de nous balancer des chansons populaires comme si nous étions des putains de jukebox, à un point tel que cela devient rapidement ridicule et que cela enterre parfois les dialogues. Et pourtant, le long-métrage a entre ses mains une trame sonore assez géniale de Steven Price (Fury), qui est malheureusement cachée sous cette pile de stéréotypes musicaux, comme en utilisant The House of the Rising Sun pour représenter une prison pour Sympathy for the Devil pour représenter le diable…

Heureusement, le casting du long-métrage est plutôt génial. Will Smith, Jared Leto, Margot Robbie, Joel Kinnaman, Jai Courtney, Viola Davis, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Karen Fukuhara, et Jay Hernandez font tous de l’excellent boulot dans leurs rôles respectifs. Adam Beach (Windtalkers) et Scott Eastwood (The Longest Ride) sont également présents, mais ils sont dans des rôles si secondaires, qu’il est impossible de dire du bien de leurs performances. Les seules erreurs du casting reposent sur les épaules de Cara Delevingne (Paper Towns) et Alain Chanoine (Evil Feed), pour des raisons évidentes qu’il ne faut pas vous dévoiler… Notons que Kenneth Choi (Captain America: The First Avenger), Ben Affleck (Batman v Superman: Dawn of Justice) et Common (Run All Night) ont aussi des rôles très mineurs dans cette production.

Suicide Squad est une autre déception dans une année cinématographique globalement assez ennuyeuse. Il aurait simplement suffi que Warner Brothers ait laissé à David Ayer toute la latitude pour lui permettre de faire le long-métrage qu’il tenait tant à faire. Certes, Suicide Squad n’aurait pas été le film du siècle, mais une chose est sûre, c’est qu’il aurait été mille fois supérieur au vomi cinématographique que nous avons entre les mains…


Réalisation : David Ayer

Scénario : David Ayer

Avec : Will Smith, Jared Leto, Margot Robbie, Joel Kinnaman, Jai Courtney, Cara Delevingne, Viola Davis, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Karen Fukuhara, Adam Beach, Jay Hernandez, Ben Affleck

A propos de Michaël Michaud 447 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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