The Bodyguard (2016)

Résumé : Un garde du corps à la retraite s’est établi dans un coin du monde, où la Chine, la Corée du Nord et la Russie se croisent. Tandis qu’il souffre de démence, il se lie d’amitié avec une jeune gamine. Mais lorsque sa vie est menacée par les connaissances de son père, le vieil homme doit utiliser ses compétences spéciales pour sauver cette dernière.

Critique :

Croyez-le ou non, mais à chaque année, il y a une bonne quinzaine de longs-métrages asiatiques que je veux visionner à tout prix, Malheureusement, le temps me manque à chaque année, et il me faut attendre les mois de janvier et de février, lorsque le paysage cinématographique est plus calme, pour satisfaire ces envies. En 2016, le film trônant au sommet de cette liste fut The Bodyguard, un long-métrage qui marquait le GRAND retour de Sammo Kam-Bo Hung (Ou Sammo Hung) à la réalisation, une première en près de deux décennies. Si l’homme fut capable de grandes choses durant les années 80 et 90, est-ce que le réalisateur est toujours capable de rivaliser avec les jeunes et nouveaux cinéastes qui transforment le cinéma asiatique??

Des mois après la disparition de sa petite-fille, une disparition dont il est le coupable, Ding se morfond dans la campagne chinoise. Seul et souffrant de démence, ses seuls plaisirs sont les visites régulières de Cherry, une gamine qui entre par effraction dans sa maison à chaque fois qu’elle a une dispute avec son père. Malheureusement, ce dernier doit beaucoup d’argent à la mafia coréenne et, dans une veine tentative d’obtenir une fortune, il parvient également à se mettre à dos la pègre russe. Ces mauvaises fréquentations mettront Cherry en danger, qui n’a d’autre choix que de cacher chez Ding, tandis que son père se cache de ses ennemis…

The Bodyguard a de nombreux problèmes et ces derniers ruinent, pour ma part, le retour de Sammo Hung à la réalisation. Hung a presque pris sa retraite derrière la caméra depuis Once Upon a Time in China VI, en 1997, ne retournant derrière une lentille que pour réaliser des scènes d’action, comme ce fut le cas dans Ip Man 1 et 2. Si je mentionne ce fait, c’est pour vous signifier que The Bodyguard représentait une sortie très attendue chez le cinéaste, dont la santé s’est grandement fragilisée depuis Ip Man 2. Malheureusement pour certains, comme moi, The Bodyguard représente une énorme déception.

D’un point de vue scénaristique, The Bodyguard avait plusieurs cartes dans sa manche. Les racines de l’histoire reposent sur la relation entre un vieil homme triste et une jeune fille enjouée, une prémisse qui a déjà été utilisée dans des classiques comme Léon ou The Man From Nowhere. Une prémisse est également bien utilisée dans The Bodyguard, car la relation entre ces deux personnages représente la seule force du film. Même que, le long-métrage aurait été un meilleur drame avec des élans de comédie, que le film d’action dramatique et presque comique qu’il est aujourd’hui.

Oui, car le mélange entre les trois genres crée une histoire hétérogène assez agaçante. À titre d’exemple, le film débute par un montage photographique historique pour ensuite se transformer en un film d’action où notre héros voit un homme se faire assassiner sur un pont devant son domicile ( Même s’il n’y a aucun pont près de chez lui…), pour devenir un dessin animé par la suite, et pour devenir, quelques minutes plus tard, un drame très sérieux où un médecin annonce la fausse mort imminente de l’un de ses patients pour le faire rire… Cet amalgame de scènes étranges et hétéroclites font que le premier tiers se développe dans la pure confusion où une structure narrative non-existante et un humour clairement destiné au public chinois apportent beaucoup de confusion chez son spectateur non-américain. En des termes plus simples, nous avons ici un film destiné aux enfants, avec un humour mentalement handicapé, avec une séquence dramatique digne d’un film oscarisé et avec des scènes d’action digne de The Raid.

Et puisque The Bodyguard a une durée de 90 minutes, qu’il met 45 minutes à exécuter sa prémisse de départ et qu’il se termine par une scène d’action d’une durée de 30 minutes, il ne reste qu’un quart d’heure à couvrir sur le plan scénaristique, ce qui nous force à enchaîner avec un autre point dérangeant : le casting de The Bodyguard. Car en dehors des performances des acteurs (Qui seront les sujets du prochain paragraphe…), The Bodyguard a une façon pitoyable de gérer ses acteurs secondaires. Le long-métrage a de nombreux caméos de mastodontes du cinéma chinois; des vedettes que le film utilise pour combler une majorité des rôles très secondaires, des rôles habituellement tenus par des figurants. Sans les détailler (La vidéo ci-dessous résume la majorité des caméos.), nous pouvons les grouper en deux catégories. Il y a d’abord les caméos étranges, comme celui des légendes Dean Shek (Drunken Master)Karl Maka (Mad Mission) et Hark Tsui (Once Upon a Time in China), et les caméos totalement inutiles. Et, c’est ces deniers qui dérangent puisqu’ils comportent des scènes inutiles, n’apportant rien au récit, sauf pour mettre en évidences ces acteurs, comme si la présence de ces vedettes était plus importante que la cohérence du film. Pensons simplement au générique de fin qui comporte deux scènes coupées du film, maladroitement insérées dans ce générique dans ce qui semble être une obligation contractuelle chez ces deux acteurs.

Heureusement pour nous Sammo Hung (L’acteur…) et la jeune Jacqueline Chan sauvent The Bodyguard du désastre. Les deux acteurs offrent de magnifiques performances, transportant littéralement le scénario médiocre du long-métrage sur leurs épaules. Il est triste de voir ces deux interprètes être coincés dans l’épave cinématographique que représente ce film. Sinon, Qinqin Li a une bonne présence dans le rôle de la voisine énervante de Ding. Andy Lau (Internal Affairs), un excellent acteur chinois, est également présent dans le rôle du père de la gamine. Si nous sommes obligés de noter le dévouement incroyable de l’acteur durant les scènes d’action, où il fait ses propres cascades, nous devons constater la performance Lau qui est tout simplement horrible dans le rôle du père criminel. Même chose pour James Lee Guy et pour Jia-yi Feng, qui interprètent les principaux méchants de l’histoire et qui sont assez mauvais dans leurs rôles respectifs. Et que dire du reste du casting qui est clairement sous l’influence d’anti-dépresseurs…

Avant de conclure, il nous faut parler du dernier problème de The Bodyguard, car le long-métrage souffre d’un aspect technique assez daté. En effet, en plus de deux décennies d’absence, Sammo Hung (Le cinéaste) s’est «contenté» de réaliser des séquences d’action. Maintenant qu’il revient derrière les commandes d’un long-métrage en entier, il semble être retourné aux méthodes de réalisation qui ont fait la gloire du cinéma d’action, à cette époque. Visionner The Bodyguard, c’est un peu comme regarder une histoire dans les yeux d’un gamin des années 90. Durant la première heure, les scènes dramatiques sont filmées avec peu de charme et n’ont aucun rythme. Et vous survivez jusqu’au dernier tiers où Sammo Hung combat une armée de criminels dans un bâtiment, vous aurez des scènes d’action souffrant d’horribles ralentis qui viennent accentuer le sentiment de lenteur établi par la première heure du film.

Plus sérieusement, Hung ne fait que saupoudrer son projet avec une lenteur digne d’un somnifère. Les ralentis utilisés par le réalisateur n’apportent rien, sauf l’impression d’assister à un mauvais jeu vidéo souffrant de problèmes techniques. Les prises de caméra n’aident pas la cause alors que nous avons conscience que Hung tourne des scènes d’action magistrales, mais une abondance de plans rapprochés et un montage saccadé empêche de bien voir l’action. Notons également que le réalisateur abuse d’effets numériques pour représenter les blessures de ses ennemis, dans une patte artistique imitant grossièrement les jeux vidéos Mortal Kombat.

Si Sammo Hung (L’acteur) brille dans The Bodyguard, Sammo Hung (Le réalisateur) semble souffrir de son âge avancé dans la mesure où il est incapable de générer un divertissement rythmé et actuel. Certes, le scénario n’aide pas sa cause, mais dans un projet criblé de défauts, cela ne peut être une excuse. À la limite, The Bodyguard aurait pu être un bon petit drame sur les liens qui unissent une gamine intrépide et un vieil homme souffrant de démence. Malheureusement, son mélange de genres raté, ses acteurs à la ramasse, sa réalisation archaïque et son scénario bâclé sont de ce film un gâchis total…


Réalisation : Sammo Kam-Bo Hung

Scénario : Jun Jiang

Avec : Sammo Kam-Bo Hung, Jacqueline Chan, Qinqin Li, Jia-yi Feng, Andy Lau, James Lee Guy, Tomer Oz, Dean Shek, Karl Maka, Hark Tsui

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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