The Hollow Point (2016)

Résumé : Le nouveau shérif d’une petite ville américaine près de la frontière du Mexique enquête sur le trafic d’un cartel de la drogue qui s’est mal déroulé.

Critique :

Jusqu’ici, l’année 2017 fut assez désastreuse avec de nombreux échecs commerciaux et plusieurs déceptions personnelles. Heureusement, dès que les bourgeons du printemps arriveront, nous aurons plusieurs divertissements alléchants à nous mettre sous la dent, dont Justice League et War for the Planet of the Apes. Mais avant de débarquer dans ces mondes imaginaires, il nous faut revenir à la froideur de la réalité et de l’hiver avec The Hollow Point, un divertissement sorti en décembre 2016 aux USA et ce mois-ci au Canada, un western moderne qui tentera de sauver l’hiver 2017…

Leland, un shérif alcoolique d’une petite ville située près de la frontière du Mexique, remarque les activités suspectes d’un duo de bouseux locaux. Malheureusement pour lui, l’arrestation d’un de ces criminels tourne mal, entraînant Leland dans une fusillade qui coûtera son emploi. Wallace, un policier de la grande ville retournant dans son patelin, est promu comme à la tête du service policier de cette localité. Malheureusement pour lui, le maintien de la paix s’avéra plus ardu que prévu au fur et à mesure qu’il poursuit l’enquête de Leland, une enquête qui fera de lui la prochaine cible d’un dangereux tueur à gages mexicain.

Il est assez dommage que The Hollow Point n’ait pas connu de véritable exploitation en salles. À l’image d’Hell of High Water, The Hollow Point parvient à utiliser une prémisse utilisée par les westerns (Deux shérifs enquêtant sur une série de meurtres et devant ultimement arrêter un criminel.) et à l’actualiser pour une époque plus moderne. Si nous nous concentrons sur ce domaine seulement, le long-métrage se visionne comme un vieux film de Clint Eastwood ou de John Wayne, avec une véritable absence de « technologie ». Cela apporte une qualité quasi-intemporelle à The Hollow Point, avec une intrigue qui pourrait aisément se situer quelque part entre 1990 et 2017. Un détail mineur qui permet d’accentuer le côté western de l’œuvre et qui améliore la ruralité et l’isolement de nos personnages.

Mais si nous revenons sur l’histoire en tant que tel, The Hollow Point nous dévoile une intrigue palpitante axées sur un quintuor de personnage très intéressants. Et c’est sur cette grande force que le film se repose pour vous divertir. Si l’histoire reste assez commune, elle a la particularité de se servir des êtres qui peuplent cette ville perdue pour complexifier une prémisse assez simple. Car, tous les personnages sont habités de nuances de gris, tant le shérif boyscout et que le vendeur de voitures véreux. Cela permet de maintenir un rythme au long-métrage, alors que chaque temps mort potentiel est neutralisé par un élément nouveau.

Malheureusement, puisque tout l’accent du film fut mis sur les personnages, le scénario de Nils Lyew (Dont c’est le premier texte) souffre de inexpérience de son scribe. D’abord, les dialogues manquent de finition. À de multiples reprises, les propos tenus par les acteurs semblent forcés et manquent de fluidité. Pire encore, nous pouvons constater plusieurs chutes de tonalité dans les dialogues, avec des personnages qui ne sont fâchés que lorsque c’est nécessaire et un gag récurrent qui disparaît soudainement (Pendant le premier tiers, tous les habitants de la ville lancent des injures à Wallace, sans aucune raison apparente…). Et malheureusement, ce défaut se répercute dans l’enchaînement des scènes où nous avons l’impression de sauter du coq à l’âne constamment. Nous pouvons facilement passer d’une scène dramatique et percutante, comme de démembrement d’un personnage principal, à une séquence calme et sereine avec le même personnage la scène suivante.

Mais le pire défaut de l’œuvre, et l’exemple le plus flagrant d’amateurisme du scénariste, se trouve dans les deux scènes finales. Si, dans son ensemble, The Hollow Point parvient à garder un côté «western simple et sérieux jouissif », tout part en vrille dans les dernières secondes où Nils Lyew gifle à deux reprises le spectateur. Premièrement avec la dernière scène du film, qui conclut le tout avec une fin hollyoodienne où un des personnages siffle le chant des oiseaux avant de partir rempli de joie vers le lever du Soleil, apportant confusion et incohérences aux 90 minutes qui ont précédé. Et deuxièmement, pour ajouter une nouvelle couche de confusion, nous avons une scène située pendant le générique où un autre personnage devient l’opposé de tout ce qu’il fut pendant une heure et demie, dans une scène « comique » à la limite de la caricature.

Heureusement, sur le plan visuel, The Hollow Point réalise un sans-faute. Gonzalo López-Gallego (Apollo 18) signe ici ce qui sera probablement l’un des plus DTV de 2017. Le réalisateur n’a pas peur de montrer toute la déchéance des personnages et toute la violence de leurs aventures. C’est sans compromis qu’il nous livre des giclées de sang et des images fortes,  tant dans les moments d’action que dans les plans servant à situer l’intrigue. De plus, le cinéaste démontre ici qu’il est un maître de suspense avec plusieurs moments qui nous propulse littéralement sur la pointe de notre fauteuil, alors que le réalisateur joue à quelques reprises avant nos idées préconçues du « jump-scare », que nous voyons habituellement dans le cinéma horrifique.

The Hollow Point est également une réussite visuelle grâce à José David Montero (Apollo 18). Le directeur photographique parvient à apporter beaucoup d’énergie au long-métrage en rendant les lieux plus vivants, plus colorés. À un point tel que plusieurs plans pourraient facilement faire partie d’une collection de cartes postales. De plus, il nous faut noter une gestion impeccable de la luminosité, qui apporte un regard inédit aux nombreux environnements de l’œuvre. Également, il nous faut mentionner la trame sonore très honnête de Juan Navazo (Open Grave) qui rappelle grandement celle de Sicario (Autre long-métrage sur les activités criminelles entourant la frontière USA / Mexique.). Notons aussi que The Hollow Point utilise des chansons populaires à des fins ironiques, à l’image de Suicide Squad en 2016.

Dans le rôle titre, Patrick Wilson (Insidious) offre une performance fort adéquate, parvenant à élever le niveau d’écriture du scénario, tout en restant dans une zone de confort acquise dans la série Fargo. Néanmoins, Ian McShane (La saga John Wick) est la véritable surprise de ce casting. L’acteur semble être rajeuni d’une bonne dizaine d’années, il semble être enjoué, il offre l’une des meilleures performances de sa carrière et il a une scène d’action impressionnante face à John Leguizamo (Ice Age). Parlant de ce dernier, il est fort compétent dans le rôle du tueur à gages mexicain, sans plus. Jim Belushi (K-9) est méconnaissable en tant que vendeur de voitures à la moralité ambiguë. Son jeu d’acteur est parfois limite, mais il n’est jamais ennuyeux. Ce défaut appartient à Lynn Collins (X-Men Origins: Wolverine) qui est affreusement mauvaise, avec aucune passion dans ses yeux et un accent du sud-américain qui part dans toutes les directions.

The Hollow Point n’est pas un grand film, mais à la suite des nombreux navets critiqués sur Avis Mortel depuis notre ouverture, The Hollow Point se révèle être une véritable bouffée d’air frais. Le long-métrage est excellent sur le point technique, les acteurs sont compétents et l’histoire est captivante, bref tous les ingrédients sont là pour divertir. Ce qui empêche The Hollow Point d’être un grand film, c’est l’amateurisme de son scénariste, qui commet plusieurs erreurs de débutant pour son premier texte. Et cela risque d’être un défaut qui rebutera plusieurs spectateurs…


Réalisation : Gonzalo López-Gallego

Scénario : Nils Lyew

Avec : Patrick Wilson, Ian McShane, Lynn Collins, John Leguizamo, Jim Belushi, Heather Beers, Karli Hall

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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