Dragon Blade (2015)

Résumé : En l’an 48 avant JC, le général romain Lucius (John Cusack) s’enfuit en Chine après avoir été accusé de trahison. Dans le désert de Gobi, il affronte et, puis, devient ami avec Huo An (Jackie Chan), un ancien haut-placé de l’armée chinoise, qui a été jugé par une justice corrompue et qui a été condamné à l’esclavage. Les deux hommes vont être le déclencheur d’un moment historique jamais raconté jusqu’à ce jour…

Critique : 

De nos jours, les grandes figures du cinéma d’action sont de moins en moins souvent au grand écran, au profit des nouvelles vagues constituées de films de super-héros et d’adaptations de romans pour adolescents (es). Parmi ces figures, il y a Jackie Chan (Police Story), dont la dernière présence réelle sur les écrans québécois remonte à 2010, avec la sortie de The Karate Kid. Heureusement pour nous avec Dragon Blade, Jackie Chan fait un retour assez modeste dans les salles québécoises, dans un long-métrage qui est également disponible simultanément sur demande. Es-ce que l’attente en a valu la peine, la réponse ici…

Huo An, un soldat chinois dirigeant une unité surveillant la route de la soie, n’a qu’une seule ambition : réunir les peuples qui traversent ce passage obligé vers la Chine. Lorsqu’un escadron de romains débarquent à la cité où il a été faussement exilé, An voit une chance de réaliser son rêve en offrant un refuge au général Lucius, sans se douter que ce dernier est traqué par l’héritier de l’empire romain.

L’industrie cinématographique chinoise est un drôle de moineau. Plus tôt cette semaine, nous critiquions Wolf Warrior, un film chinois prônant le patriotisme chinois, la méfiance envers les peuples non-chinois et une certaine forme de racisme. Aujourd’hui, nous parlons d’un long-métrage chinois qui comporte un message pacifique ayant pour but de nous rappeler que toutes les grandes nations de la Terre sont en fait un seul peuple. Et Dragon Blade a su conquérir le public de la Chine avec ce message, réussissant même à être l’un des films ayant gagné le plus d’argent au box-office chinois.

Au Québec, le traitement est différent, puisque Dragon Blade ne connaît qu’une sortie limitée en salles et en VOD et que le long-métrage voit sa durée être amputée d’une bonne vingtaine de minutes. Ces dernières se font grandement sentir puisque le récit de Dragon Blade manque cruellement de fluidité, nous donnant même l’impression que nous passons sans cesse du coq à l’âne alors que nous voguons entre la quête principale et la quête secondaire du personnage principal. À la longue, nous sentons qu’il manque quelques bouts à Dragon Blade, alors que l’intrigue peut sauter subitement d’une scène à cheval avec Jackie Chan à une scène bataille au milieu de la ville d’origine du personnage de Chan.

Globalement, l’histoire de Dragon Blade suit la construction en trois actes d’Hollywood, rendant le récit vaguement prévisible, même si de nombreux rebondissements viennent pimenter le tout. Cette construction assez commune au cinéma contemporain aide grandement à camoufler les atrocités du montage et à combler les vides créés par ce dernier. Le montage de Dragon Blade est si bordélique que même la mort d’un personnage nous laisse perplexe alors que nous nous demandons si cette mort est réel ou si cette mort n’est qu’un vulgaire fantasme du méchant. De plus, l’histoire de Dragon Blade utilise des flashbacks afin de revenir sur certains éléments du récit, des scènes qui tombent comme des cheveux sur de la soupe, grâce à l’affreux montage du film.

Malgré-tout, les défauts du scénario simpliste de Dragon Blade ne reposent pas seulement sur le montage, mais également sur l’humour parfois déplacé  et vulgaire du long-métrage. Faire une blague sur le fait que Chan touche les seins d’une femme lors d’un combat contre celle-ci était peut-être drôle dans Armour of God, mais dans Dragon Blade, cette blague n’a pas sa place. De plus, il y a un personnage qui énerve royalement, un personnage important qui n’est pas visible dans les vidéos promotionnelles du long-métrage, un personnage qui souffre de la malédiction de Jar Jar Binks… (Les fans de Star Wars comprendront cette référence.) Et il ne faudrait pas oublier que le scénario tente de nous faire croire qu’il est possible de construire de la machinerie lourde et une cité en deux semaines au milieu du désert chinois, une tâche qui servira d’ailleurs de catalyseur pour l’amitié entre les personnages de Jackie Chan et de John Cusack.

À la réalisation, Daniel Lee (Qui a également écrit le long-métrage…) fait de l’excellent boulot. Il jouit de décors majestueux et n’a aucun problème à utiliser la richesse de ces derniers pour mettre devant nos yeux des images magnifiques. Néanmoins, Lee a quelques difficultés à rendre crédible le fait que John Cusack et qu’Adrien Brody peuvent rivaliser les arts martiaux de Jackie Chan lors des duels à l’épée opposant ces personnages. Également, l’affrontement final entre nos héros et les troupes d’Adrian Brody amène quelques confusions alors que Lee est incapable de lisser le tout (Sans vous divulguer l’intrigue, disons que cette bataille emprunte la route de The Hobbit: The Battle of the Five Armies…) et décide d’y ajouter quelques éléments assez inutiles comme une sorte d’hommage mal-foutu au film The Birds d’Alfred Hitchcock au beau milieu de cette séquence d’action.

Néanmoins, le véritable problème de Dragon Blade reste son montage. La censure américaine ampute peut-être le film de vingt minutes, mais cela n’excuse pas le désastre que représente chacune des scènes. On pourrait presque dire que le monteur du long-métrage a utilisé un logiciel de seconde zone gratuit sur le net et qu’il a sous-traité son travail avec un gamin de cinq ans. Pour sa part, la trame sonore de Dragon Blade est assez sympathique avec l’inclusion de deux chansons chantées par les personnages principaux et qui sauront vous émouvoir.

Heureusement, les défauts du long-métrage sont en partie camouflées par le talent des acteurs principaux. Jackie Chan offre possiblement le meilleur rôle de sa carrière avec une prestation parfaite et riche en émotions. De plus, nous pouvons observer l’excellence de Chan dans des scènes d’action plus traditionnelles et plus viscérales, rompant ainsi le ton avec le style d’arts martiaux humoristiques qui a fait sa renommée mondiale. John Cusack (2012) n’est pas en reste avec une performance aussi riche et grandiose, même si la dernière scène de Dragon Blade réunissant Cusack et Chan est d’un ridicule… Pour sa part, Adrien Brody (The Pianist) a une bonne présence à l’écran, dans un rôle vaguement secondaire, puisque son personnage ne fait son entrée que dans la deuxième moitié du récit.

Sans le montage anarchique de Dragon Blade (Et sans quelques éléments douteux du scénario…), nous aurions pu visionner l’un des meilleurs péplums depuis l’époque de Ben Hur et de Spartacus. Malheureusement, ce léger détail fait de Dragon Blade un film confus et difficile à suivre avec des changements de registre et de scène assez brusques et quelques faux-raccords. Néanmoins, Dragon Blade reste un film tout à fait recommandable et mérite grandement d’être vu en salles, surtout qu’il est de plus en plus rare de nos jours d’avoir la chance de visionner un film de Jackie Chan sur un grand-écran…


Note : 3.5 / 5

Réalisation : Daniel Lee

Scénario : Daniel Lee
Acteurs : Jackie Chan, John Cusack, Adrien Brody, Siwon Choi, Peng Lin, Mika Wang, Paul Philip Clark

Dragon Blade (2015)
  • Acteurs
  • Musique
  • Réalisation
  • Scénario
  • Divertissement
3.4

En conclusion

Dragon Blade réussit l’exploit de montrer Chan dans un autre registre et de plus faire combattre des guerriers romains, que demander de mieux!

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