Fist of Legend (1994)

Résumé : En 1937, un adepte des arts martiaux chinois revient à Shanghai pour y retrouver son enseignant mort et y voir son école se faire harceler par les Japonais.

Critique : 

Lorsque nous sommes envahis par des mauvais longs-métrages, il est parfois bon de contempler un chef-d’oeuvre. Et si vous êtes un moindre connaisseur, vous savez autant que moi que l’Asie est une terre fertile qui a donné naissance aux plus grandes vedettes de ce monde, des vedettes comme Bruce Lee, Jackie ChanShin’ichi Chiba, Tony Jaa, Jet li… C’est donc avec une certaine logique que nous sommes allés dans cette contrée lointaine avec Fist of Legend, qui est possiblement le meilleur film de Jet Li.

Chen Zhen, un homme étudiant l’ingénierie au Japon, doit subir les insultes et les abus de ses compagnons de classe. En apprenant la mort de son maître, il retourne vivre dans une Chine occupée par l’armée japonaise. Très rapidement, il découvre que son maître fut empoisonné, ce qui crée beaucoup de tension au sein de son ancienne école d’arts martiaux et de la communauté chinoise qui demandent que justice soit faite.

«Remake» de Fist of Fury (avec Bruce Lee), Fist of Legend est la preuve qu’il est possible de faire un remake sans faire honte au matériel d’origine. Ici, nous avons un film utilisant pleinement l’époque de son scénario (qui se déroule en 1937, à un moment de l’histoire de la Chine où cette dernière subissait une invasion par le Japon, en marge de la Seconde Guerre mondiale.) Et qui recentre l’intrigue sur l’épopée d’une poignée d’hommes plutôt que sur le conflit en lui-même. Cela se voit à chaque instant grâce aux puissants dialogues qui portent un message de résilience, d’acceptation de l’autre et de patriotisme. Des dialogues qui donnent des moments mémorables comme lorsque deux envahisseurs japonais font de la philosophie au sujet de l’avenir de la Chine en jouant à une vulgaire partie de Go (L’ancêtre du jeu Reversi / Othello.) Mais, ce qui est la véritable force de Fist of Legend réside dans le fait que ce film parvient à raconter une histoire palpitante avec des scènes d’action aux quelques minutes, un art que peu de longs-métrages parviennent à maîtriser.

Et pourtant, ce sont ces scènes d’action (qui ont largement inspiré celles de la trilogie Matrix.) qui font de Fist of Legend, un classique du cinéma chinois. C’est notamment dû au travail de Woo-Ping Yuen, un coordinateur de combats légendaires ayant notamment travaillé sur Drunken Master, The Matrix et Iron Monkey. Chacun des combats de Fist of Legend est un chef d’oeuvre en soi. Même que le combat final avec Chen Zhen et Hou Ting-An qui doivent affronter un général japonais est l’un des plus grands affrontements du cinéma chinois, alors que nos protagonistes vivent l’exemple parfait de la vitesse et de la persévérance qui doivent affronter l’endurance et la force brute, un peu comme un duel à mort entre le Yin et le Yang, entre la Chine et le Japon. Entre le Karaté et le Kung-Fu…

L’excellence des combats de Fist of Legend provient de la juste balance entre le combat réaliste et le «Wire fu», cette technique consistant à attacher les acteurs à des fils et à les faire balancer dans toutes les directions possibles. Le juste milieu qu’atteint Fist of Legend permet d’apporter une dimension spectaculaire aux combats sans les rendre irréalistes ou involontairement comiques.

Gordon Chan (The Medaillon) trouve ici le plus grand succès de sa longue carrière. Grâce à Chan, Fist of Legend jouit d’une réalisation léchée aux plans magnifiques et avec un grand sens du rythme. On notera également le soin apporté aux couleurs, aux costumes, aux décors et aux détails qui apportent une certaine crédibilité historique à ce long-métrage qui est très librement inspiré de faits réels. Et, ce qui est drôlement chouette avec ce film, c’est qu’il permet de montrer une nouvelle facette de l’époque de la Seconde Guerre mondiale alors notre divertissement (en tant que Nord-Américain.) ne cesse de nous bombarder des événements qui se sont déroulés en Europe et aux États-Unis, alors que l’Asie en est réduite au silence.

En fait, le seul grand défaut de la réalisation de Chan réside dans quelques techniques de réalisation légèrement datées, mais puisque Fist of Legend date de 1994, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat… Également, si vous êtes comme nous, en Amérique du Nord, sachez que nous devrez subir la trame sonore parfois douteuse de Stephen Edwards (What Women Want). En effet, puisque le long-métrage est sorti à une époque où le découpage du cinéma asiatique était à la mode, Fist of Legend souffre d’une nouvelle trame sonore originale, d’un montage l’ayant amputé de quelques scènes et d’un horrible doublage en anglais, que vous devez tenter d’éviter à tout prix…

Dans le rôle-titre, Jet Li (Lethal Weapon 4) trouve l’un de ses meilleurs rôles et offre une performance pleine de nuances et riche en scènes d’action spectaculaires. Shinobu Nakayama (la franchise Gamera) et Siu-Ho Chin (Twin Warriors) donnent la réplique à Li et apportent, respectivement, beaucoup de sensibilité et de colère fraternelle au long-métrage. Dans le rôle du grand méchant de ce film, Billy Chow (Meltdown) offre une performance glaciale fort appréciable. Notons également que Yasuaki Kurata (Shinjuku Incident) et que Paul Chun (The Heroic Trio) se débarquent en jouant des hommes sages témoins, qui sont malgré eux des événements qui se produisent, tant dans le camp des Japonais que dans le camp des Chinois.

Fist of Legend est l’entrée parfaite pour une personne souhaitant découvrir le cinéma d’arts martiaux. Accessible, touchant et passionnant, ce long-métrage sait comment réconcilier les cinéphiles du dimanche avec les disciples du cinéma de Bruce Lee, de Shin’ichi Chiba ou de Jet Li. Fist of Legend est un classique du cinéma chinois que tout cinéphile se doit de regarder une fois dans son parcours cinématographique…


Réalisation : Gordon Chan

Scénario : Gordon Chan, Lam Kee-to, Kwong Kim Yip

Avec : Jet Li, Shinobu Nakayama, Siu-Ho Chin, Billy Chow, Yasuaki Kurata, Paul Chun, Ada Choi, Cheung-Yan Yuen, Toshimichi Takahashi

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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