Hard Boiled (1992)

Résumé : Un policier têtu fait équipe avec un agent double pour arrêter un sinistre gangster et ses hommes.

Critique : 

John Woo a connu plusieurs succès dans sa longue et trépidante carrière tant en Chine qu’aux États-Unis. Avec plusieurs de ses longs-métrages qui sont aujourd’hui considérés comme étant des classiques (Face/Off, Red Cliff, The Killer…), il est difficile de statuer sur le meilleur long-métrage de sa longue carrière. Mais plusieurs cinéphiles s’entendent pour dire qu’Hard Boiled est le plus grand film de sa carrière…

Lorsque l’inspecteur Tequila Yuen enquête sur un trafic d’armes, son partenaire est tué lors de la surveillance d’une transaction criminelle, une opération qui se conclut par la mort de plusieurs personnes en plus dudit partenaire. Un incident qui complique le travail d’Alan, un policier sous-couverture qui tente de découvrir l’entrepôt secret où ces puissants criminels de Chine cachent leurs armes. Rapidement, les deux hommes seront forcés de s’associer s’ils veulent conclure leurs enquêtes respectives…

C’est un fait indéniable : Hard Boiled est un sacré long-métrage. Des spectateurs prudes risquent d’être dégoûtés par le niveau de violence de ce long-métrage, principalement à cause de la séquence finale qui doit représenter la plus grande fusillade de toute l’histoire du cinéma. Mais, des cinéphiles aguerris seront émerveillés par la puissance visuelle des images de John Woo.

L’histoire suit le parcours de deux policiers au parcours très différents, mais qui seront réunis par la force des choses. L’un est en quête de vengeance, puisque la bavure de l’opération visant à surveiller les trafiquants d’armes causa la mort de son collègue et l’autre cherche la rédemption alors qu’il voit le nombre de morts causés par son enquête policière. L’un est un policier voulant être musicien et l’autre est un bandit voulant être un policier. Tant de différences qui uniront les deux personnages.

Et pourtant, ce sera dans leur première rencontre dans le bateau que nous verrons les meilleurs dialogues (avec le personnage d’Alan qui confectionne des oiseaux en origami pour chaque personne qu’il a assassinée.) d’un récit qui tente de démontrer que dans la vie, tout n’est pas blanc ou noir, mais que tout n’est qu’une nuance de gris. Puisque nous sommes incapables de faire le bien sans faire un peu de mal, puisque pour arrêter un puissant gangster, il faudra tuer des personnes auxquelles nous sommes liés d’amitié, puisque pour tuer une personne, il faudra tirer sur des innocents…

Ce même principe s’applique avec tous les personnages, même les méchants, qui vivent tous une évolution personnelle tout au long de l’intrigue d’Hard Boiled. Cela même permet de rendre le parcours d’un personnage anodin, Mad Dog qui est le droit de Johnny Wong, diablement intéressant. Également, on notera la grande prévision en termes de tension qui se fait principalement sentir dans le dernier tiers alors que des bébés entrent dans la ligne de mire de nos antagonistes.

Mais soyons honnêtes quelques instants et oublions le scénario de ce long-métrage, puisqu’après tout, nous ne visionnons pas Hard Boiled pour son scénario, mais pour les prouesses techniques de John Woo. Ses scènes d’action prouvent sans l’ombre d’un doute que Woo est un génie du septième art. Chacune des quatre grandes scènes d’action de cette oeuvre comporte beaucoup de morts, plusieurs litres de sang et une destruction quasi apocalyptique. Et elles sont terriblement longues, à un point tel que Woo teste nos limites en nous gavant de cadavres jusqu’à ce que nous devenions repus de chair humaine. Cela se ressent principalement dans le dernier tiers où Woo et son équipe technique s’amusent à détruire un hôpital bondé de gens en y installant l’une des plus grosses séquences d’action de l’histoire du cinéma moderne. Même les scènes dites plus «calmes» ne sont pas en restes et jouissent de l’incroyable talent de Woo qui a une gestion incroyable de la tension.

Les seules limites du talent de Woo résident dans les quelques faux raccords de l’oeuvre comme lorsque nous pouvons remarquer les petites roues dépassant des voitures lors de cascades avec ces dernières. Par contre, le principal défaut d’Hard Boiled se trouve dans sa musique. En effet, Michael Gibbs (The Goodies) a produit une trame sonore digne des années 90 qui est de bas niveau et qui tape légèrement sur les nerfs. Même chose pour le doublage en anglais et pour les sous-titres anglophones basés sur ce même doublage; ils sont horribles et nous donnent envie d’apprendre le cantonais.

Au centre d’Hard Boiled, nous avons deux acteurs, Yun-Fat Chow (The Killer) et Tony Leung (Internal Affairs). Les deux hommes offrent des performances incroyables et forment un duo formidable. Cependant entre les deux hommes, c’est Leung qui se démarque tandis que le personnage d’Alan vit un plus grand développement personnel malgré une présence plus petite à l’écran. Les deux hommes se font donner la réplique par Anthony Chau-Sang Wong (Internal Affairs) qui lance une forte impression dans le rôle de Johnny Wong, l’antagoniste principal du long-métrage, et par Philip Kwok (Tomorrow Never Dies) qui offre la meilleure performance de sa carrière en jouant l’homme de main silencieux et mystérieux de Johnny Wong. Notons également la présence de Philip Chan (Bloodsport), un acteur asiatique assez populaire qui joue ici le supérieur de Tequila.

Nous pouvons affirmer hors de tout doute qu’Hard Boiled est l’un des meilleurs films d’action des années 90 et même de tous les temps. Le génie de John Woo permet à ce long-métrage de transcender les époques et de créer une expérience unique avec des scènes d’action jamais égalées à ce jour. Néanmoins, il est extrêmement dommage que les éditions nord-américaines de ce classique des années 90 ne permettent pas à ce film d’exprimer son génie avec justesse. La trame musicale et l’absence d’efforts pour permettre à un public non chinois de comprendre les dialogues en sont la cause. Ce n’est pas si grave puisqu’Hard Boiled demeure malgré tout un classique du cinéma d’action…


Réalisation : John Woo

Scénario : Barry Wong, Gordon Chan, John Woo

Avec : Yun-Fat Chow, Tony Leung, Teresa Mo, Philip Chan, Philip Kwok, Anthony Chau-Sang Wong, Hoi-San Kwan, Wei Tung, Bowie Lam, Meng Lo, Bobbie Au-Yeung

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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