In the Heart of the Sea (2015)

Résumé : Un équipage de bateau, voguant à des milliers de kilomètres de leur foyer, doit affronter et repousser une baleine qui ne cesse de tenter de les tuer.

Critique : 

Hollywood a perdu la tête et elle a décidé d’adapter les histoires véridiques qui ont inspiré certains de leurs classiques littéraires. Aujourd’hui, c’est Moby Dick qui goûte à cette médecine alors que nous découvrons enfin le fait historique dernière l’histoire de cette célèbre chasse à la baleine. Mais est-ce que ce fait vécu allait la peine de se déplacer dans une obscure salle de cinéma?

Matthew Joy, écrivain en manque d’inspiration, retrouve Tom Nickerson, le dernier survivant d’une expédition marine mythique, et lui propose de raconter son histoire en échange de quelques billets. Le vieil homme accepte et replonge dans son enfance, à l’époque où il a navigué sur le navire Essex, un baleinier piloté par un duo de commandants aux pedigrees radialement opposés. Malheureusement, ces différences pourraient causer la mort de plusieurs hommes lorsque l’équipage, dont fait partie Tom Nickerson, est traqué par une baleine assez protectrice…

In the Heart of the Sea tente de s’intéresser à la réalité d’un fait extraordinaire plutôt que de s’intéresser à une version édulcorée de ce fait, à une version transformée pour un passage au septième art. Il nous faut avouer que c’était un acte assez honorable. Nous pourrions même dire que cette démarche scénaristique frôle le domaine expérimental. Malheureusement, il arrive que des expériences ne donnent pas le résultat espéré.

C’est le cas avec In the Heart in the Sea, qui se plante dans de nombreux domaines. Le principal problème de ce long-métrage repose sur la construction de ses personnages qui est inexistante. Les membres de l’équipages du Essex n’ont aucune personnalité, nous obligeant à rester de marbre lorsque l’un d’entre-eux meurt. C’est pénible à supporter, surtout lorsqu’on réalise que la bête ayant inspiré Moby Dick a plus de personnalité que les personnages principaux de cette oeuvre. La seule émotion que l’on ressent provient des nombreuses scènes de dialogues entre Matthew Joy et le vieil Tom Nickerson.

Néanmoins, ces scènes finissent par poser un problème à la longue. Le récit se sépare en deux parties. La première, plus mouvementée, montre nos marins partir à l’aventure et combattre quelques baleines. Lorsqu’In the Heart of the Sea arrive à la première rencontre entre ces hommes et «Moby Dick», le rythme change radicalement, transformant le long-métrage en un drame profondément humain. Mais puisque nous sommes aucunement attachés aux personnages de ce récit, cette heure est terriblement pénible à visionner. Surtout que les allers-retours entre le passé et le «présent» ne font que ralentir le périple de nos marins qui ne font que dériver sur un océan sans fin. Cette partie est d’autant plus pénible que certains personnages semblent mourir, disparaissent du film sans aucunes explications et réapparaissent soudainement quelques minutes plus tard. Cela apporte une confusion non nécessaire à cette section de In the Heart of the Sea.

Au-moins, il y a une chose que le film réussit à merveille, ce sont les attaques de la baleine monstrueuse. Chaque de ses apparitions sont épiques et nous offrent des scènes d’action et des moments de tension qui sont dignes de mention. La puissance de destruction de cet animal est sans limite et cela nous force à lui accorder notre respect même si une partie de notre esprit a peur de cette créature. Avant de vous réjouir, sachez que ces dites scènes d’action sont peu nombreuses, même que nous pourrions comparer, jusqu’à un certain point, In the Heart of the Sea à la dernière version américaine de Godzilla.

Techniquement parlant, Ron Howard (Apollo 13) nous livre un travail assez exemplaire. Comme mentionné ci-haut, les scènes d’action de ce spectacle sont géniales et sont parmi les scènes de bataille nautique les plus terrifiantes de l’histoire du cinéma hollywoodien. On notera également le souci des détails du réalisateur qui nous offre une expérience authentique et crédible, dépassant même en quelque sorte le génie de la «dernière adaptation» crédible de ce récit, le Moby Dick de 1956. Il est juste dommage que certains plans du réalisateur soient illisibles et que ce dernier semble jouir d’émerveillement devant quelques-unes de ses scènes, les étirant sans aucune raison valable.

Il nous faut également accorder du crédit au département des effets spéciaux. Les maquillages utilisés pour montrer la destruction corporelle de ces marins affamés et torturés par la démence sont assez impressionnants, surtout que les acteurs ont perdu plusieurs dizaines de kilos durant le tournage d’In the Heart of the Sea. Même chose pour les effets numériques qui nous offrent des baleines d’un réalisme terrifiant. Il est juste dommage que la direction photographique trop prononcée et qu’un léger manque de finition vis-à-vis les écrans verts nous obligent à constater que ces derniers sont grandement présents. De plus, accordons une mention honorable à la trame musicale de Roque Baños (Evil Dead) dont les partitions soutenues supportent grandement les propos du long-métrage en leur donnant une couche d’intensité supplémentaire.

Dans les rôles titres, Chris Hemsworth (Thor) et Benjamin Walker (Abraham Lincoln: Vampire Hunter) font un travail honnête sans plus mais peinent à rendre leurs personnages charismatiques. Même chose pour le reste de l’équipage du Essex qui ne font rien pour se démarquer et rendre leurs apparitions mémorables. De ce groupe, il n’y a seulement Cillian Murphy (Batman Begins) qui offre un jeu d’acteur exemplaire et qui se démarque de cet ensemble de prestations assez oubliables. Brendan Gleeson (Troy) et Ben Whishaw (Cloud Atlas) sont les deux seuls acteurs qui offrent des performances inspirées grâce à leurs scènes de dialogues assez longues, où le premier raconte au second le récit de l’Essex.

Malgré un visuel impressionnant, In the Heart of the Sea ne passera aucunement à l’histoire. Le fait de raconter le «fait réel» derrière un classique de la littérature américaine semble avoir privé l’équipe de scénaristes d’inspiration, alors que la dernière partie du long-métrage manque cruellement d’imagination et de dynamisme. C’est un peu comme si la réalité d’un fait réel ne peut être véritablement adapté au cinéma, alors que la fiction semble plus intéressante que la réalité. Néanmoins, In the Heart of the Sea demeure un spectacle à grand déploiement qui se doit d’être vu sur un grand écran, en 3D, pour ses scènes d’action grandement mémorables.


Réalisateur : Ron Howard

Scénario : Marshall Herskovitz, Rick Jaffa, Charles Leavitt, Peter Morgan, Amanda Silver, Edward Zwick

Avec : Chris Hemsworth, Benjamin Walker, Cillian Murphy, Brendan Gleeson, Ben Whishaw, Michelle Fairley, Tom Holland, Paul Anderson, Frank Dillane, Joseph Mawle, Jordi Mollà

In the Heart of the Sea (2015)
2.8

En conclusion

Même si In the Heart of the Sea me marque pas l’histoire d’Hollywood, il a au moins le mérite de nous donner envie de redécouvrir l’épopée fictive de Moby Dick

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