Urge (2016)

Résumé : Un groupe d’amis voit leur séquence de débauches partir en vrille lorsqu’ils deviennent dépendants d’une drogue mystérieuse.

Critique : 

Il n’y a pas de mauvaise façon de dire que l’été 2016 fut assez médiocre en termes de sorties cinématographiques. Néanmoins, il ne faudra pas compter sur Urge pour mettre un peu de piquant dans nos longues soirées moroses. Mais, si vous êtes un grand consommateur de cocaïne, il se pourrait bien qu’Urge soit pour vous…

Une fin de semaine de débauche prend un tournant dangereux lorsque le propriétaire mystérieux d’une boîte de nuit introduit une nouvelle drogue à un groupe d’amis. Privés de leurs inhibitions, ces derniers vivent leurs plus grands fantasmes, mais ce qui débute en une folle nuit d’excès se transforme rapidement en une soirée mortelle, tandis que l’île paradisiaque où se trouve ce groupe se détériore en une maison de fous tropicale.

Même si cette critique d’Urge risque d’être assez sévère, il nous faut concéder le fait que le long-métrage n’est pas un divertissement ennuyeux; il est simplement un divertissement qui ne divertit pas. Grâce à sa bande-annonce, nous pouvions voir en ce film un projet cinématographique qui avait le potentiel d’être épique. Après notre visionnement d’Urge, il nous faut maintenir cette remarque car, effectivement Urge avait une excellente idée entre les mains. Malheureusement, à la suite d’un générique d’ouverture constituée d’une orgie sadomasochiste explicite, le long-métrage ne fait que trébucher dans les fleurs du tapis et peine à générer un divertissement crédible.

D’abord, nous avons la première section du film qui se veut être une sorte d’hommage raté à la célèbre série That’s 70 Show. Cette partie nous permet d’explorer la personnalité des personnages artificiels et pas crédibles du film, qui sont en réalité des clones déviants du casting principal de cette populaire série. Il y a le stupide, la garce, le gars normal en couple avec une femme trop bien pour lui, celui qui a une relation étrange avec le sexe féminin et le maniaque des conspirations ayant un penchant pour la drogue (Ce dernier est bien évidemment interprété par Danny Masterson…); bref ce sont tous des répliques des personnages de ladite émission. Les scénaristes ont simplement concocté une mauvaise reprise de la série avec des dialogues ennuyeux qui tentent d’être inutilement drôles (Comme nous avons ri lors de la scène où le «personnage stupide» fait des cocktails avec de l’alcool vieux et onéreux…). Les séquences de ce tiers d’apportent rien surtout toutes les informations utiles sont discréditées dès qu’Urge se met à imiter From Dusk Till Dawn

Oui, car lorsqu’Aaron Jaufman sent que l’histoire d’Urge doit finalement débuter, il nous offre un viol complet de la célèbre séquence du bar de From Dusk Till Dawn en remplaçant Salma Hayek par Kea Ho, productrice du long-métrage qui n’appairait que dans cette scène pour d’obscurs raisons. Il est assez difficile de voir en quoi ce moment est utile à l’intrigue d’Urge puisque de toute façon les personnages principaux vont de procurer de la drogue sans son aide. Et si vous espérez qu’Urge continue sur la même lancée que le classique de Robert Rodriguez vous avez tort, puisque le film décide à nouveau de partir sur de nouvelles bases en devenant ni plus ni moins qu’un film s’inspirant des longs-métrages de John Carpenter. Certes, cet autre changement scénaristique nous permet d’apprécier le mystérieux antagoniste interprété par Pierce Brosnan, mais trois scènes sympathiques ne peuvent sauver tous les problèmes que ces pirouettes scénaristiques créent.

urge-blurayCar, en valsant allégrement entre ces trois univers, Urge accumule sans cesse les incohérences et déconstruit à chaque fois ses personnages principaux, pour, par-exemple, changer subtilement la nature d’idiot de service pour en faire le seul personnage sensé de l’histoire tandis que les autres protagonistes deviennent des lunatiques. Néanmoins, cela n’est qu’un artifice pour cacher le fait qu’Urge n’a pas de contenu. Il ne s’y passe rien. Nous ne voyons que quelques jeunes adultes qui consomment de la drogue et qui subissent les effets de celle-ci, sans rien de plus. Et n’espérez pas que le film deviennent aussi outrageux que son générique d’ouverture. Vous serez dans le déni puisque ce film n’offre rien de plus violent ou plus sanglant que le thriller moyen réalisé par n’importe quel réalisateur de seconde zone puisse vous offrir. Si la perspective de voir un personnage avoir une relation sexuelle avec de la nourriture ou une sortie de Fight Club du pauvre vous excitent, et bien Urge pourrait être une recommandation. Mais, il nous faut également noter que ce film a une scène post-générique impliquant des zombies. Ce n’est aucunement une révélation, puisque toute l’intrigue régulière d’Urge ne comprend pas de morts-vivants et n’a aucuns liens avec ces derniers…

En plus de signer le scénario du long-métrage, Aaron Kaufman, un collaborateur récent de Robert Rodriguez, livre ici sa première réalisation. Malheureusement, ce dernier se contente nous offrir un rendu digne du téléfilm moyen, alors que rien ne nous est présenté avec énergie et que tout est découpé atrocement pour éviter de montrer les quelques rares moments intéressants du scénario. En réalité, les seuls séquences où nous pouvons sentir un réalisateur investi en son projet demeurent les scènes de sexualité non-explicites, les courts montages vomitifs qui assaisonnent Urge et la séquence montrant des zombies. La direction photographique n’est pas mieux en n’offrant que le minimum syndical. Et que dire des effets spéciaux qui sont presque dignes des productions d’Asylum. Pour un long-métrage mettant en vedette quelques vedettes d’Hollywood, nous pouvions réellement espérer quelque chose de mieux. Idem pour la trame sonore qui est tout simplement ennuyeuse et peu originale, et qui ne mérite par une réelle élaboration de notre part.

Dans le rôle «phare» du long-métrage, Justin Chatwin (Funkytown) offre une performance honnête, en contraste avec le reste du casting qui est franchement mauvais; surtout Danny Masterson, de la série That 70’s Show, qui reprend essentiellement le rôle qu’il avait dans la populaire émission. Si cela peut être une consolation pour certains, les deux frères connus de Masterson (Jordan Masterson (Last Man Standing) et Christopher Masterson (Malcolm in the Middle)) sont également présents dans des caméos assez étranges et louches. Pour sa part, Pierce Brosnan (GoldenEye) semble s’éclater dans ses quelques scènes en livrant une performance digne du Joker. Jeff Fahey (Machete) est également présent pour une courte scène, dans un rôle de «simili-figuration».

Nous avons ici un film si déprimant que la seule possibilité de finir rapidement cette critique demeure ma plus grosse satisfaction du visionnement d’Urge. Ce long-métrage est simplement une tentative amateur de répliquer quelques éléments marquants de la culture populaire dans un ensemble si bordélique que rien n’a du sens. Urge n’est définitivement pas un film à recommander, même si vous êtes désespérément en quête d’un divertissement…


Réalisation : Aaron Kaufman

Scénario : Jerry Stahl, Aaron Kaufman, Jason Zumwait, Guy Busick

Avec : Justin Chatwin, Ashley Greene, Alexis Knapp, Bar Paly, Chris Geere, Nick Thune, Kea Ho, Danny Masterson, Pierce Brosnan, Jeff Fahey

A propos de Michaël Michaud 570 Articles
Cinéphile amoureux du cinéma de seconde zone et des films d'action.

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